"Et l'art dans tout ça ?"

« Et l’art dans tout ça ? »

Oups ! Et si la densité des informations qui nous parviennent et leur incidence sur nos vies, faisaient oublier jusqu’à l’existence de l’art ? Ni vital aux yeux de certains ni urgent à fréquenter ou à faire, il serait ainsi possible de différer sans cesse, ou de refuser à jamais, son contact.

Pourquoi néanmoins maintenir qu’il existe un intérêt – précisément en ces temps troublés – à s’orienter en direction de quelque chose de l’art ? Parce qu’il y a besoin de témoigner de notre humanité et de notre pouvoir créatif. C’est bref, trop sans doute, mais c’est dit !

La Grande Lessive 2 - copieAux Iles Marquises

Un début

Un simple fil tendu à travers le monde n’y suffira pas, c’est certain ! Un tel dispositif peut même paraître dérisoire, naïf, et bien éloigné des réalités tant du monde que de l’art. Initier une dimension poétique dans le quotidien transforme-t-il celui-ci pour autant ? Non. C’est une juste une ouverture, le début d’un pari ! Toutefois que perdrions-nous à le tenter ?

Il s’agit de poser un acte et d’affirmer que quelque chose de l’art afin d’amorcer ensemble un processus dont nous n’ignorons ni les limites ni la lenteur ou la pesanteur.

P1090981 - copieÀ Bourbourg (69 France)

Créer du lien grâce à quelque chose de l’art

C’est un défi aussi car avons-nous souvent l’occasion de réunir toutes les générations autour d’une même action ? Ainsi  s’il y a « œuvre », ce sera en raison de ce lien créé entre nous grâce à quelque chose de l’art, et ce sera l’intégralité de l’installation qui se déploiera à travers le monde le jour de La Grande Lessive® qui la composera.

Inviter à disposer sur un fil  » un petite peuple imaginaire », à n’explorer   » que les couleurs du monde », à interroger « transparents/pas transparents », à  » de jour comme de nuit, réfléchir la lumière », à mettre  » la tête en bas » ou à  » faire bouger les lignes » donne à penser. Chacun peut y exposer sa version, la confronter à celles d’un autre, partager et échanger.

 LaTourParisFrance-5 - copieParis

De la fragilité à la force

La Grande Lessive® ne se résume pas à une action dans le champ social, bien que son pouvoir fédérateur se confirme à chaque édition explique. Ce qui se joue a trait aussi à l’image que nous avons de nous-mêmes et à la confiance accordée à une action collective. En ce sens, la contribution à une installation artistique éphémère sollicite la modification des regards, de même que la bienveillance et le partage.

Les réalisations exposées témoignent bien souvent de fragilités et de balbutiements à la manière de premiers mots prononcés par ceux qui apprennent à parler. Toutefois, cet aspect ne doit pas occulter la force que représente la contribution de plusieurs millions de personnes  à un même projet établi dans des lieux situés dans près d’une centaine de pays.

P1230842 - copieNîmes

Une forme d’art participatif

Un même dispositif plastique (fil, pinces à linge, format A4) et un même « thème » unissent ainsi au sein d’une action concertée des personnes issues d’horizons divers. La notion de « participation » et celle d’« art participatif », contribuent à ancrer une telle installation dans le champ artistique contemporain, en posant la question de l’auteur et du savoir, comme celle de la définition de l’art, en particulier, en raison de la diversité des réalisations.

Il y en a ainsi des participants qui reproduisent des lieux communs, qui s’appliquent à suivre un modèle, qui citent ou plagient un artiste, ceux qui laissent agir le hasard, ceux qui s’en remettent au pouvoir créatif de l’accident ou des intempéries, ceux qui font leurs premiers pas avec méthode ou réticences, ceux qui se lancent dans une démonstration, ceux qui s’aventurent sur des voies inédites, ceux qui ignorent par où ils transitent et qui y vont quand même, etc.. L’ensemble place les regardeurs face à une disparité et à une complexité qui interroge notre propre rapport à l’art. Sur ce fil, y aurait-il à la fois des torchons et des serviettes ?

Une ébullition qui commence

Ce qui est montré est en effet quelque chose de l’art en train de se faire, le plus souvent par ceux qui ne savent pas encore le faire, mais qui sont néanmoins mus par le désir et la curiosité de voir ce que cela donne. Loin de la cohésion et de l’unité avérée ou recherchée dans des œuvres exposées au musée ou conçues in situ dans la ville, une telle installation artistique éphémère offre un état non stabilisé de quelque chose de l’art, une situation éphémère, un point de vue sur une ébullition qui commence.

En réalité, nous soulevons ensemble un couvercle… Peut-être parce que nous sommes curieux, impatients et affamés, peut-être aussi parce qu’ils ne peut pas toujours y avoir ceux qui savent et ceux qui ne savent pas.

Il est temps de ménager un espace pour ceux qui apprennent !