Pistes de travail 29 mars 2018

 (Photographie d’une installation de Richard Long)

Qu’est-ce qu’une piste ?

  De notre point de vue, une piste permet de passer de l’inaction à l’action, de l’absence de pratique artistique à l’amorce d’une démarche.

  En aucune manière, ce qui est indiqué ici sous cette dénomination n’a vocation à être imposé à d’autres personnes. Les réflexions publiées le sont afin de nourrir une réflexion personnelle et si les réalisations conçues pour la prochaine Grande Lessive venaient à se ressembler (dans une même classe ou collectif), si les références à certains artistes conduisaient – non pas à découvrir sa propre manière de faire – mais à les imiter plus ou moins maladroitement, nous en serions attristés. En effet, nous visons l’autonomie de chaque participant et non le respect d’un modèle qui irait à l’encontre même de ce qu’enseignent les arts.

Le compte Facebook donnera  également des indications et de nouvelles pistes, au jour le jour. Pourquoi pas, par exemple, évoquer le Petit Poucet et découvrir en images la version de 1884 de ce conte de Perrault datant de 1697.

À noter : ces pistes sont pour votre usage personnel. ©lagrandelessive.

 (Installation de Richard Long)

Quelques mots pour inventer des démarches

Pierres à images, pierres à imaginer, pierre imagée, pierre de rêves, pierre graphique, pierre figurée… Ramasser, collecter, collectionner, inventer, imaginer, trouver, bricoler, fabriquer… Matériau, support… Curiosité, cabinet de curiosités, pierre précieuse… Archéologie, géologie… Masse, poids, aspérités, contours, reliefs, volume, éclat (lumière)… Fragment, détail, éclat, dessin, tracé, gravure.. Champ, hors champ…

Une  histoire à prolonger de mille manières

« Pierres à images et pierres à imaginer » permet d’explorer :

  • Des relations à l’histoire de l’humanité, à l’histoire des arts, à la recherche de curiosités et à la recherche scientifique…
  • Des relations à la pensée humaine (origine du monde, mythes, légendes, contes, récits collectifs…)
  • Des questions fondamentales en arts plastiques : créer quoi à partir de quoi, comment ? Quelles significations de ce qui a été conçu en regard de ce que d’autres ont fait à partir des mêmes éléments et dans des conditions comparables ? Le matériau distinct du support. Le support déjà chargé de traces différent de la feuille blanche. Etc.
  • D’interroger le format avec la possibilité d’inscrire un contour aléatoire dans un format A4 ou d’entamer le rectangle régulier et le cadre laisser agir le hasard.
  • De solliciter le hors champ, le Même et l’Autre, la collection, etc.
  • De laisser agir les résonances d’une réalisation à l’autre, d’une « pièce » à l’autre, en proposant une autre unité formelle (plus seulement celle de la feuille, mais celle de la pierre).
  • De concevoir une installation conçue comme exposition où les éléments se répondent sans jamais être identiques.

(Robert Smithson, Spirale en jetée, 1970)

Que faire ?

  La première étape consiste à rechercher des pierres. La curiosité indispensable à toute démarche artistique sera ainsi de mise, avant que ne vienne le temps du choix. Quelle pierre choisir parmi toutes celles qui seront ramassées, photographiées ou dessinées ; parmi celles qui, grâce à nous, auront laissées  leur empreinte sur un support (estompage, relevé, etc.) ; parmi celles qui seront collectionnées, classées, triées par formes, provenance, couleur, matériau, etc. ; parmi celles qui rappellent un souvenir particulier ou suscitent une interprétation inattendue ?

(Pierres issues d’un Cabinet de curiosités)

 Cette quête se conclura peut-être par la décision de fabriquer une pierre qui n’existe pas encore.

  Il y aura ainsi à définir des critères en fonction de ce qu’il y aura à faire. Le dispositif de La Grande Lessive® se compose de réalisations de format A4 suspendues à des fils à linge au moyen de pinces. Par conséquent, il sera impossible et même dangereux pour l’installation elle-même, comme pour ses contributeurs et ses regardeurs, d’entreprendre la suspension de pierres sur les fils. En revanche, une installation confrontant l’image de la pierre à la pierre elle même peut être pertinente à la condition de prendre en considération les déplacements physiques des uns et des autres, et d’en étudier la faisabilité. Il peut ainsi exister un étendage et une exposition sous une autre forme afin de présenter les réalisations en volume.

  Le regard et l’interprétation jouent des rôles décisifs afin de dégager une pierre d’un aspect quelconque pour la transformer en « pierres à images ou pierres à imaginer » et lui donner une apparence singulière. L’intervention plastique de la personne qui l’aura ainsi « inventée » (au sens archéologique du terme) affirme en effet certains partis pris : angle de vue, lignes de force, découpes, ajout de tracés ou de couleurs, assemblages, collages, hybridations, etc.

  Après ces interventions, quelques fois proches du bricolage, il sera opportun de questionner la présentation. La pierre sur laquelle les interventions auront été faites ne pourra peut-être pas être déplacée, montrée, etc. Dès lors, la représentation interviendra afin de rendre présent ce qui sera absent. Tous ces procédés et processus, sollicitant ou non les mots, des récits ou des poèmes, ouvriront de nouvelles pistes pour que la réalisation de l’un se distingue de celle d’un autre. C’est cette capacité à faire du différent à partir du Même qui rendra ces pierres précieuses !

Quelles pistes plus précises

Il est envisageable d’utiliser une pierre à image (ici au motif végétal) comme support d’une représentation conçues avec des médiums différents (craie, encre, collage papier Japon ou numérique, etc.) ou, pourquoi pas, de photographier l’original afin d’obtenir une image qui pourra servir de point de départ à une réalisation.

(Oeuvre de Giussepe Penone)

Découvrir une pierre, la prendre pour modèle afin d’en concevoir une nouvelle qui lui ressemble, mais avec d’autres matériaux comme l’a fait Giuseppe Penone, puis concevoir les moyens de l’exposer sur un fil.

(Andy Goldsworthy, Galets autour d’un trou, Kiinagashima-cho, Japon ; 7 décembre 1987).

Utiliser la collecte de pierres différentes afin de composer des installations,puis les photographier afin d’en modifier l’aspect autant de fois qu’il sera nécessaire pour parvenir à une configuration originale .

Le Palais du Facteur Cheval… Au début était une pierre !

Nils-Udo a été l’invité du centenaire du Palais idéal du Facteur Cheval. Voici l’une de ses créations qui introduit le végétal dans la pierre.

(Tony Cragg, Caldera, 2008)

À lire et à regarder

  • Roger Caillois : La passion des pierres : http://www.ina.fr/video/CPF87007364
  • Roger Caillois, Pierres, Poésie Gallimard 1971.
  • Roger Caillois, Écriture des pierres, Skira – Les sentiers de la création, Champs Flammarion.1987.

Extrait : L’image dans la pierre (p. 5) «  De tout temps, on a cherché non seulement les pierres précieuses, mais aussi les pierres curieuses, celles qui attirent l’attention par quelque anomalie de leur forme ou par quelque bizarrerie significative de dessin ou de couleur. Presque toujours, il s’agit d’une ressemblance inattendue, improbable et pourtant naturelle, qui provoque la fascination. » (…)(p. 9) « Un dessin apparaît ou un profil insolite. Le rêveur se plaît à y reconnaître le calque imprévisible et, à cette place, étonnant, presque scandaleux, d’une réalité étrangère. » (p. 10) …De tels simulacres, depuis longtemps dissimulés à l’intérieur des pierres, émergent quand celles-ci sont rompues et polies. Ils semblent alors procurer à l’imagination complaisante des modèles réduits et immortels des êtres et des choses… l’observateur y découvre sans cesse de nouveaux détails qui complètent l’analogie présumée. Les images de cette sorte miniaturisent à son bénéfice personnel chaque objet du monde. Elles lui en remettent un double stable, qui tient dans le creux de sa main, qu’il peut déplacer à son gré ou enfermer dans une vitrine. »(p. 12) Sur des agates, on peut apercevoir un arbre, des arbres, des bosquets, une forêt, un paysage entier…ou un héros affrontant un dragon, ou une mer immense…(p. 14)… « C’est qu’il n’est ni être ni objet, ni monstre ni monument, ni événement ni spectacle de la nature, de l’histoire, de la fable ou du rêve, dont un regard séduit ne puisse deviner l’image dans les taches, les dessins, les silhouettes de pierres. »(p. 19) « les dessins des pierres attirent l’attention, certes ceux qui, de leur côté, ne représentent rien. C’est qu’ils ressemblent davantage aux peintures de la nouvelle manière. ».

  • Jurgis Baltrušaitis, Aberrations, 1957 ; Flammarion, 1983.
  • Anne Minault-Gout, Carnets de pierre : L’Art des ostracas de l’Egypte ancienne, Paris, Éditions Hazan. Un ostracon, ou ostrakon (du grec ancien ὄστρακον / ostrakon, « coquille »), au pluriel ostraca ou ostraka (ὄστρακα / ostraka), est, dans l’Antiquité, un tesson de poterie ou un éclat de calcaire utilisé comme support d’écriture.

(Ostracon, Égypte ancienne)