Ça s’est passé comment, ici ou là ?

Quelques documents rassemblés au fil des éditions donnent un aperçu des formes prises ici ou là par cette installation artistique. C’est un peu en désordre, nous vous l’accordons !

Vous pouvez retrouver des images classées par édition dans l’onglet  » Archives » situé sur la gauche de la page d’accueil. Attention, pour les premières éditions (2007) il n’y a pas d’archives, pour celles jusqu’à 2011, il ne faut pas tenir compte de la barre de navigation en haut (ancien site), un incident technique nous a fait perdre les archives 2012 (hélas!) et ensuite, tout rentre dans l’ordre chronologique.

Kaléidoscope

La première édition de l’année 2013 a rassemblé 3000 réalisations à Montauban. Sur le site de la ville qui organisait pour la troisième fois consécutive cette action, vous découvrirez un reportage vidéo intitulé La Grande Lessive de Pénélope en référence au nom de l’espace dédié à ce singulier étendage :

www.montauban.com/Article/7/3521/La_Grande_Lessive_de_Penelope.html

Capture d’écran 2014-01-26 à 14.44.06

 

 

La Grande Lessive® à Vichy en 2011 avec, parmi d’autres, le concours de l’A.G.E.E.M., de Didier Lutz (conseiller arts visuels), de l’Office du Tourisme, de la ville de Vichy et de ses habitants.

(Reportage de 7LTV Montpellier). La Grande Lessive® à Celleneuve, un quartier de Montpellier avec la Maison pour tous.

(Vidéo Graph-Cmi) 

La Grande Lessive® organisée de la Ville basse à la Cité de Carcassonne en 2010 avec la complicité du Graph-CMI, le concours des associations, des établissements scolaires, du Centre social La Roseraie..de la municipalité de Carcassonne et de ses habitants.

(Vidéo Ron Kenley)

La Bibliothèque nationale de France à Paris a organisé en 2010 Pensées détachées qui est une version exceptionnelle de La Grande Lessive®. Les lecteurs et les membres du personnel étaient invités à partager une expérience de lecture à la Bibliothèque en composant, sous la forme d’un dessin, d’une photographie, d’un écrit… une page, une feuille volante, comme échappée d’un livre.

Ces pages ont ensuite été exposées ensemble selon un dispositif coordonné par Joëlle Gonthier. L’ensemble de ces pensées détachées constituent ainsi, de façon éphémère, le rêve de livres à venir, composés de toutes les lectures effectuées dans ces murs. Toutes ces pages offertes un moment à la contemplation des visiteurs seront ensuite rassemblées pour être conservées par la bibliothèque, au département des manuscrits, disponibles pour les lecteurs des siècles à venir. (Remerciements particuliers à Cécile Portier, Françoise Juhel, Anne Zali et Ariane James-Sarazin et aux différents services de la Bnf pour ce projet mené ensemble).

http://expositions.bnf.fr/lecture/pensees/index.htm

Le Musée de l’Or de Bogota en Colombie, le Musée d’art et d’Histoire à Saint-Denis (93), le Musée Poussin aux Andelys, les bibliothèques de la Ville de Genève en Suisse, la bibiothèque Princesse Caroline de Monaco et de nombreux autres établissements culturels ont déjà organisé La Grande Lessive®.

En sons :

Entretien avec Hervé Pauchon dans l’émission Un temps de Pauchon,

France Inter mars 2010 :

UN TEMPS DE PAUCHON 18.03.2010

Entretien avec Emmanuel Davidenkoff dans l’émission « Question d’école »,

France Info mars 2012 :

http://m.franceinfo.fr/education-jeunesse/question-d-education/en-quoi-la-grande-lessive-eduque-t-elle-aux-arts-570125-2012-03-29

 

3

Ile de la Réunion, 2012

En mots :

Extrait d’un entretien avec Joëlle Gonthier

accordé à Céline DIENY, étudiante à l’Institut d’études politiques

de Grenoble, 30 janvier 2009

Entretien J.G. 2009

 Céline Diény : Pour commencer, une petite précision de vocabulaire : comment qualifiez-vous La Grande Lessive® ? Est-ce une manifestation artistique, une exposition ou autre chose?

 Joëlle Gonthier : La Grande Lessive® est une installation artistique éphémère. C’est sa dimension collective qui lui confère sa dimension d’œuvre. C’est parce que plusieurs milliers de personnes s’engagent dans une action commune, en partageant certains objectifs (d’ordre artistique, pédagogique ou social), en respectant une unité de temps et de moyens (fil tendu, pinces à linge, feuille A4) qui génère une installation et une esthétique qu’il y a œuvre. Chaque élément suspendu au fil, chaque réalisation individuelle n’est pas, à mon sens, une œuvre. Je le précise d’ailleurs aux personnes qui disent « J’ai fait une œuvre pour La Grande Lessive ». En réalité, il s’agit d’une entreprise collective élaborée par des personnes qui ne se connaissent pas et qui ne se rencontreront sans doute jamais physiquement puisqu’elles agissent à des milliers de kilomètres les unes des autres, mais qui travaillent pour un temps dans une même direction en destinant ce qu’elles font à d’autres. Elles prennent le risque d’aller vers les autres en étant à la fois seules et ensemble. Cette entreprise singulière façonne une œuvre que nul ne peut embrasser d’un seul regard en raison de son étendue. En dépit du plaisir ainsi suscité, pareille mise en œuvre n’est pas assimilable à une fête. Ce n’est pas l’équivalent de la fête de la musique. Lors de La Grande Lessive®, chaque participation a de l’importance. Ainsi, il n’y a pas de spectateur, ou plutôt le spectateur s’intègre au dispositif puisque l’accrochage ou l’étendage est conçu pour être regardé et qu’un auteur est également appelé à devenir spectateur. C’est ce jeu de rôles initié par le principe même de La Grande Lessive qui permet d’appréhender la démarche artistique dans son versant de réception comme dans celui de création. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a deux Grandes Lessives par an. Je poursuis en effet une stratégie de « formation ». J’essaie de créer un rythme profond, une attente pour que l’art et la culture n’arrivent pas par hasard. La première Grande Lessive à laquelle une personne s’intéresse lui permet souvent de se situer : elle peut la faire ou attendre la suivante… La seconde invite alors à s’engager davantage ou à agir d’autre manière. L’expérience de la pratique en tant que préparation à l’art et l’anticipation de certains de ses effets sont ici tangibles et décisifs. La Grande Lessive® repose donc bien sur une stratégie de formation dans laquelle tout ce qui sera appris entre deux éditions pourra, si on le désire, nourrir la suivante. Il ne s’agit pas d’une explosion expressive débridée ni d’un je-ne-sais-quoi d’une autre nature. La décision de contribuer à cette installation collective engage plus qu’on ne l’imagine au départ.

(Vidéo Joëlle Gonthier et Nicolas Bilder)

C.D. : Je n’avais pas saisi la nuance : chaque feuille suspendue n’est pas une œuvre, mais c’est l’ensemble qui constitue l’œuvre. Pourquoi avoir déposer une marque ? Un titre ne suffisait-il pas ?

J.G.: Le titre d’une œuvre influence sa perception, l’identité d’une action également. C’est pourquoi j’ai déposé la marque La Grande Lessive®. Désormais rien d’autre, pas même une laverie, ne peut s’appeler « La Grande Lessive ». Je désire en effet défendre une certaine éthique. En conséquence, il n’y a ni remise de prix ni vente des réalisations. De même, une personne ne peut accrocher qu’une seule réalisation. C’est un peu comme « une voix, un homme », mais c’est aussi pour inciter à prendre des décisions et à comprendre l’incidence des choix dans la pratique artistique. La contrainte imposée par un même format pour tous vient aussi de là. Je ne souhaite pas qu’un artiste utilise un format démontrant son professionnalisme ou multiplie les réalisations, tandis qu’un débutant oserait à peine afficher un timbre-poste ! Chacun dispose du même format et, en somme, d’un même espace. Cette contrainte se veut stimulante et n’attente pas à la singularité des réalisations. Chacune est signée au dos afin d’éviter l’anonymat. D’une certaine manière, ce qui est fait (le dessin, le collage, la photo…) est déjà une signature, mais accepter de mettre son nom revient à revendiquer le statut d’auteur et à reconnaître des qualités suffisantes à ce que l’on a fait pour pouvoir l’exposer. Concevoir une réalisation nécessite de faire des choix et de les assumer. Signer est franchir une étape : ce n’est ni placer son nom en marge d’une copie ni refuser d’avouer ce que l’on a fait par crainte des conséquences ! En réalité, on travaille sur l’image de soi grâce à ce qui est donné à voir. Le regard et les égards accordés à ce que l’on fait soi-même et à ce que l’autre accomplit sont au cœur du dispositif. Il y a en effet à reconquérir un territoire. La plupart d’entre nous a été privé du territoire de l’art qui semble alors lointain et étranger. On a longtemps fait croire – et cela continue, voire s’amplifie – qu’il n’y a que deux postures possibles : ou bien être artiste, ou bien être spectateur pire : « public ». Je revendique le droit pour tous d’avoir une expression plastique et pourquoi pas, au-delà, de développer un travail et une démarche artistiques. Nous utilisons la parole et l’écriture sans être pour autant tous poètes ou écrivains. Nous ne nous privons pas du langage et nous parvenons parfois à lui conférer une singularité et une dimension poétique, sans l’astreindre perpétuellement au fonctionnel. Pourquoi cette modulation d’intensité et de registre ne serait-elle pas possible avec les autres champs de la pensée humaine que sont la danse, le théâtre, les arts plastiques ou la musique ? Pourquoi serait-ce tout ou rien ? Pourquoi, par exemple, orienter toute l’attention sur les mots qui composent un texte sans attention pour le blanc, les interlignes, les marges et la page qui leur donnent sens ? Dans cette perspective, et en reprenant l’appellation d’une pratique sociale autrefois très répandue, La Grande Lessive® instaure une articulation nécessaire entre ce que fait l’artiste, le musée qui désigne et expose l’art et une personne maintenue jusque-là en situation de spectateur, et d’une certaine manière hors je(u). Il ne s’agit pas de dévaloriser le travail de l’artiste en faisant croire que toute personne peut faire comme lui mais, grâce à une mise en jeu singulière, de contribuer à faire comprendre ce qu’il implique. Cette action cherche à mettre en travail ce qu’est l’art ou, tout du moins, « quelque chose de l’art ». Si ce qui est réalisé par une personne isolée n’est pas forcément artistique, il est possible de donner sens à ce que fait chacun grâce à une entreprise collective qui vise, entre autres, à prendre langue avec l’art. En effet, grâce à La Grande Lessive®, non seulement chacun (enfant ou adulte) va amorcer (ou développer) une pratique plastique, mais en plus tout le monde va en parler et inscrire l’art dans un quotidien qui l’ignore ou le minore habituellement. On va se soucier de l’art en se demandant si on fait ou non La Grande Lessive®, en interrogeant ce que l’on sera capable de faire, ce que les autres réaliseront ; le déroulement de la journée, ses effets… En étant ainsi confronté à des pratiques, chacun met en travail sa définition de l’art, sa conception de la légitimité à en faire, ainsi que la place attribuée à l’art et aux personnes dans la société actuelle. En fait, ce qui est en jeu ici n’est plus, comme au musée, le questionnement ou l’ignorance des motivations et des pratiques de certains êtres dénommés « artistes ». L’interrogation porte désormais sur l’incidence que l’art peut avoir sur notre vie, ici et maintenant. (…)

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La Grande Lessive® à Port-aux-Princes en Haïti à l’Ecole nationale des arts en 2008

 

 

 

 

 

 

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