Jeanne Damamme, longtemps conservatrice du Musée du Jouet à Poissy et auteure de Mémoires de jouets (Hatier-Jeunesse, Paris, 1990) explore pour La Grande Lessive® « Tous des oiseaux ? » la place de l’oiseau dans les jeux destinés aux enfants. Nous l’en remercions vivement.

Parmi les animaux compagnons de jeux des enfants, l’oiseau occupe une bonne place. Vivant, le petit enfant le tient dans ses mains, touché par la douceur de ses plumes et par sa faiblesse. On le voit dans d’anciens portraits d’enfants, princiers ou bien divins. Attaché ou en cage, il symbolise la fragilité de l’enfant, sa vulnérabilité devant la mort.

Les oiseaux de la ferme : canards, poules, oies, coqs et paons, d’autres plus exotiques ; autruches, cygnes, perroquets… roulent, battent des ailes, picorent. Ils sont figurés sous forme de jouets articulés, munis d’un mécanisme simple, en bois, en fer blanc découpé. Le design et les matériaux se multiplient, avec plus ou moins de réalisme.
Des jeux d’adresse figurent la chasse aux oiseaux. Le Tir aux pigeons fonctionne grâce à une vis sans fin faisant pivot autour duquel les oiseaux tournent. Atteints par la flèche à ventouse, ils tombent au bout d’une chaîne. C’était un jouet plutôt coûteux vendu avec le fusil à air comprimé de la firme Eureka, spécialiste des voitures à pédales. La poule pondeuse produisait des œufs – des balles de ping-pong- tombant dans un panier quand le tireur l’atteignait en plein cœur !

Le chant des oiseaux inspire des automates raffinés, à vrai dire plus bibelots de salon que jouets d’enfants. Les oiseaux chanteurs de l’automatier Bontems gazouillent grâce à la boîte à musique cachée dans le socle d’une cage dorée.
Dans les années 30, des bandes dessinées, des dessins animés donnent naissance à des figurines oiseaux- objets dérivés- des aventures de Mickey, Donald duck de Walt Disney, et de Zig et Puce de Saint Ogan, Alfred le pingouin. Jouets en tissu, en peluche, ou sonores, en caoutchouc.
Si l’oie a donné son nom à un jeu, on peut dire qu’elle a souvent disparu de son imagerie.

Ce jeu de parcours inventé au XVIè siècle illustre à l’origine le voyage de la vie, depuis la naissance : case N°1 jusqu’à la mort : case 63, « le paradis de l’oie ».
Pourquoi l’oie ? Cela reste incertain. Cet oiseau, symbole positif chez les anciens, marqué toutes les 9 cases dans le jeu, est plutôt bénéfique pour le joueur : il le fait avancer vers la case finale, le paradis, mais pas forcément directement. Les dés peuvent l’arrêter à la prison ou au puits et le retarder.
La simplicité de la règle, le hasard pur donné par les dés, la modestie du support : le papier, ont assuré la diffusion et la permanence de ce jeu souvent détourné par la publicité, la politique, l’histoire, la religion.
Dans le Jeu de la chouette, qui est à la fois un jeu de dés et d’argent, le joueur qui parvient jusqu’à la case de la chouette remporte « tout », il est gagnant !
Le cerf-volant est lui aussi un oiseau-jouet, même s’il ne le représente pas toujours. C’est toute une volière qui vole et joue avec l’enfant.

Jeanne Damamme, 2021