15 octobre 2015 : La tête en bas !

15 octobre 2015 : La tête en bas !

L’invitation adressée à tous ceux qui désirent prendre part à La Grande Lessive© du jeudi 15 octobre est : « La tête en bas ».

(Une vidéo et des pistes de travail compléteront bientôt les informations données dans cette rubrique. Au plaisir de vous retrouver!)

 

Naître au monde « la tête en bas » est une expérience primitive partagée par la plupart d’entre nous. Nous découvrons ainsi le monde par son envers, quand bien même nous n’en serions pas conscients, tout entiers occupés à reprendre notre souffle.

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« La tête en bas » évoque l’une des représentations communes de la population terrestre. Sur cette planète qui tourne, chacun d’entre nous est plaqué au sol par une gravité qui l’empêche de tomber. Les antipodes se situent alors toujours à l’opposé du lieu où nous vivons convaincu d’être debout sur un plan tête en haut, pieds au sol. Représenter quelqu’un la tête en bas est ainsi le montrer tel qu’il est de l’autre côté de la Terre, en réalité ou en imagination. La Grande Lessive® invite à dialoguer avec un autre qui agit, ailleurs, pour faire exister une action conjointe afin de se sentir au monde.« La tête en bas » est la méthode ancienne inventée par les peintres afin d’évaluer l’achèvement d’une œuvre. En retrouvant ainsi de manière surprenante un renversement inventé par les tout-petits pour surprendre les adultes, l’artiste placé dos au tableau, se courbait en deux en écartant les jambes pour regarder, la tête en bas, et par conséquent à l’envers, ce qu’il avait accompli. Ce changement radical de point de vue l’aidait à évaluer au mieux l’équilibre de la composition, de même que l’effet sur un spectateur, en oubliant le sujet et les détails de la toile.

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« La tête en bas » est aussi l’orientation dans laquelle Vassili Kandinsky est supposé avoir retrouvé un tableau dans l’un des mythes fondateurs de la peinture abstraite. À la faveur du hasard, y compris pour son créateur, la toile figurative serait devenue méconnaissable une fois placée le haut en bas. L’artiste aurait déduit de cette perception renouvelée la possibilité de peindre en se concentrant sur les points, les lignes, les plans et les couleurs, afin de se délester de l’anecdote. Quelques temps auparavant Maurice Denis affirmait déjà : « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. ».

« La tête en bas », c’est également une œuvre qui touche à un extrême : «  un carré blanc sur fond blanc » comme le fit Casimir Malevitch par exemple. C’est une façon de dire que les codes, les règles, les conventions admises sont abandonnés, chamboulés, retournés, détournés…

 « La tête en bas », c’est un renversement du sujet effectué dans les tableaux de Georg Baselitz. Alors, peindre quelqu’un à l’envers en se tenant soi-même à l’endroit, n’est pas peindre à l’endroit quelqu’un qui se tient à l’endroit, avant de retourner le tableau.

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« La tête en bas » sollicite ainsi l’expérience d’un jeu comme « le cochon pendu » de l’enfance, celle du plongeon, de l’équilibre en poirier, ou celle de la performance du trapéziste qui se suspend par les pieds dans le vide en renvoyant aux spectateurs l’image de ce que nous sommes tous : des êtres vivants la tête en bas ! « La tête en bas », c’est l’inversion de l’image photographique comme la place de l’expérience dans l’art contemporain quel qu’en soit le domaine : les arts visuels, la danse ou tout autre médium et approche renouvelant les perceptions, les représentations et les créations.

« La tête en bas », avec les yeux et la bouche maintenus à l’endroit, c’est une illusion d’optique qui donne à penser que tout va bien, puisque l’image renvoie ce que nous attendons, alors que ce n’est pas le cas. C’est enfin la posture prêtée à l’autruche que nous ne sommes pas.

« La tête en bas », c’est ainsi que le colibri butine une fleur et ce sera peut-être de la sorte que ceux qui s’aventureront en direction de quelque chose de l’art grâce à La Grande Lessive® réussiront, avec d’autres, à le toucher.

© Texte et images Joëlle Gonthier

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