Pistes pour ateliers "La tête en bas"

Pistes pour ateliers « La tête en bas »

La Grande Lessive® s’adresse à tous. Chaque invitation propose des lectures à différents niveaux. Il est de la sorte envisageable de prendre l’expression « la tête en bas » au premier degré, en changeant l’orientation de sa tête, ou, au second degré, en portant un nouveau regard sur ce qui, à l’instar de « la tête en bas », semble aller à l’envers. Mais, qui a la tête en bas ? Celui qui regarde ou bien celui qui est regardé ? Comme la réponse agira sur ce qui sera fait, il sera possible de tester et de confronter plusieurs points de vue.

Sarah Nahi-Point de vue d'une lectrice noyéeSarah Nahi, la lectrice

Changer de point de vue

« La tête en bas » interroge le point de vue.

Le point de vue est une relation sujet-objet. En somme, c’est « qui » regarde, « qui » ou « quoi », et « comment ». Il importe ainsi de savoir où se place l’observateur, dans quelle direction s’oriente son regard, et avec quelles intentions ?

« La tête en bas » invite à changer le point de vue commun initié par la verticalité de corps supportés par des pieds posés sur le sol. C’est de ce fait un procédé créatif, puisque la perception, habituelle et convenue, cède la place à une vision surprenante en raison de l’inversion des repères et, souvent, de l’absence d’appuis. En effet, tenir debout la tête en bas n’est pas aisé ! Soit il s’agit d’un jeu d’équilibre, soit d’un déplacement mental qui réclame d’imaginer une image inversée ou de faire pivoter une image afin de la regarder à l’envers. Mais l’effet sera-t-il le même ? Pourquoi ne pas explorer plusieurs situations ?

85350 L'ILE D'YEU Multi-Accueil Les P'tits Mousses (2) - copieCentre multi-accueil, l’île d’Yeu, mars 2015

Une expérience perceptive !

« La tête en bas » questionne nos habitudes perceptives et nos pratiques. Le fait d’avoir « la tête en haut » contribue à disposer d’un point de vue élevé et, selon la taille de chacun, à voir de plus en plus loin, afin de repérer ce que d’autres ne peuvent pas percevoir.

Le fait de placer la tête en bas transforme l’approche pour tous, dans la mesure où nous acceptons de modifier nos repères et de partager une expérience peu commune. La tête à l’envers posée sur le sol permet ainsi − à l’adulte comme à l’enfant − de renouer avec la première vision partagée à la naissance, et de découvrir sous un autre jour l’environnement dans lequel nous évoluons. En somme, c’est une manière de provoquer le sentiment esthétique. Comment les choses nous apparaissent-elles ? Quelles modifications décelons-nous ? Une telle mise en situation donne prise pour imaginer une histoire à raconter en images ou/et avec le langage. Les approches engagées avec les éditions précédentes de La Grande Lessive® « Transparents/pas transparents » et «  De jour comme de nuit, réfléchir la lumière » peuvent être prolongées « la tête en bas ».

 

Arcimboldo 1

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Guiseppe Arcimboldo (vers 1527-1593), Le bol de légumes ou le jardinier

De l’expérience à l’installation

Ce qui est pour la plupart une expérience rare est toutefois le quotidien de certains d’entre nous : trapézistes, danseurs, pilotes de voltige, astronautes, plongeurs sous-marins ou mineurs… Il devient ainsi important de prendre conscience des efforts consentis, des nouveaux repères à prendre et des relations singulières au monde qu’une telle posture requiert une fois déliée du jeu, pour répondre à d’autres finalités.

th-5Illustration américaine (sans titre ni date)

Pourquoi alors ne pas procéder à des expériences, à se demander ce que nous percevons dans un cas et dans l’autre, à se placer ici et là pour évaluer ce qui change ou non ? Du plongeon en piscine à la danse, des situations de jeu et des pratiques sportives et artistiques aideront à définir une approche personnelle. Des spectacles vivants ou enregistrés faciliteront également l’approche, de même que la projection d’images ou de films à l’envers. Et pourquoi ne pas vivre « une journée la tête en bas » en installant une pièce inversée (porte-manteau inversé, assiettes en papier et gobelets collés sous les tables..), un aquarium ou une volière inversés (avec des animaux factices), un cahier ou un livre « la tête en bas » ?

En de telles circonstances, la photographie et la vidéo autorisent sans doute une captation pouvant être partagée. Toutefois, tenter de dessiner ou peindre la tête en bas, offre l’intérêt de comprendre ce que ces actions mobilisent, y compris à l’endroit.

BaselitzGeorg Baselitz en train de peindre

Écouter le corps

« La tête en bas » sollicite en conséquence une attention toute particulière au corps. Le dessin, la peinture, le numérique et bien d’autres moyens d’investir le champ des arts plastiques, font quelques fois oublier que nous avons un corps. Cependant, nous ne pouvons pas l’ignorer. Alors, sommes-nous ou nous capables de mettre la tête en bas ? Quels effets cette posture provoque-t-elle sur nous ? Sur d’autres ? Sur ce que nous réalisons ? Et ceux qui n’y parviennent pas en raison de leur âge ou de leur état de santé, disposent-ils déjà de stratagèmes pour y parvenir grâce à l’image, à sa réflexion ou à sa captation par exemple, ou devons-nous en concevoir ?

Le projet comporte ainsi une dimension d’inventions dédiées à une personne ou à un groupe, privés de la possibilité de voir « la tête en bas ». Comment faire partager cette expérience ? Comment ensemble en conserver des témoignages et faire des réalisations plastiques de tous ordres sur un format A4 afin de les suspendre à un fil le jour de La Grande Lessive®?

La vitesse et ses conséquences

Ainsi ce ne sont pas seulement l’orientation, les repères, le champ visuel, etc. qui vont varier en mettant « la tête en bas », mais également la durée, tant il est difficile de demeurer longtemps dans une posture qui fait affluer le sang dans la tête. La vitesse va intervenir afin de modifier ce qui sera perçu, capté ou représenté par différents moyens laissant agir ou non la couleur.

L’évocation, la déformation, le cadrage…

Tout ne pourra être retenu. C’est en cela également que s’apprendra « quelque chose de l’art ». Il y aura des choix à faire. L’évocation, la suggestion, le prélèvement de détail, la déformation et bien d’autres effets occasionnés par cette mise en situation inédite agiront ce qui sera réalisé. Le cadrage lui-même peut être ainsi repensé, car regarder « la tête en bas » attise aussi la curiosité et la focalisation sur des éléments peut-être négligés dans une autre situation.

Les pieds sur Terre !

Des pistes restent à inventer, à vous de le faire, en n’oubliant ni l’invitation « la tête en bas », le dispositif (format A4, fil et pinces à linge) et la date commune à tous (15 octobre 2015), ni les objectifs de cette installation artistique éphémère : la promotion de la pratique artistique et le développement du lien social. Ainsi, même la tête en bas, vous garderez les pieds sur Terre !