Trop difficile pour les petits ?

Trop difficile pour les petits ?

 

  La Grande Lessive® est faite par tous. L’invitation est la même pour les plus jeunes participants, les moins jeunes et les plus âgés. Serait-elle trop difficile pour les enfants et adaptée à un seul âge de la vie : l’âge adulte ?  Cela tomberait mal car la plupart des adultes éprouve le sentiment de ne plus être concernés par des pratiques sollicitant la main et préfère les laisser aux enfants ! Examinons ensemble ce qu’il en est.

Accepter de jouer le jeu

  Une invitation est l’action d’inciter quelqu’un à faire quelque chose. Si ce qui est proposé ne convient pas, il est par conséquent possible de ne pas participer à La Grande Lessive®. Toutefois, dès l’instant où l’on décide d’organiser une «  Grande lessive », il est interdit de modifier l’invitation, de changer le format des réalisations, le dispositif d’étendage, les conditions de participation, la date de l’événement, etc. L’art participatif impose, en effet, des contraintes afin d’en être. Tenter d’agir ensemble est un défi !

Résoudre une énigme ensemble

   Pour faire La Grande Lessive®, il y a à s’interroger soi-même sur la signification de l’invitation. Il est nécessaire d’échanger avec d’autres personnes, de coopérer, d’inventer, d’apprendre et peut-être de modifier certaines habitudes. Pour y contribuer, chaque invitation se présente sous un jour énigmatique. Vous n’êtes toutefois pas laissé sans soutien. Le site de l’action est un atelier dans lequel des ressources facilitent le travail que chacun à entreprendre :

Que faire avant le 17 octobre ?

  Pour le 17 octobre 2019, l’invitation est :  » Paysages du bord de Terre… à l’instant T « . La petite enfance serait-elle hors jeu en raison du libellé ? Non ! Les plus jeunes ont à apprendre ce qu’est un paysage. Si nous n’utilisions que des termes  qu’ils connaissent déjà, ils n’apprendraient jamais à parler et ne sauraient pas qualifier ce qui se présente à eux ! Il est question d’apprendre et cette réalité risque de heurter ceux qui supposent que la spontanéité est de mise en toute activité.

 À partir de ce premier apprentissage, une exploration des autres termes de l’invitation devra s’engager. Cependant, selon l’âge de l’enfant, « La Terre » demeurera une entité difficile ou impossible à saisir. « Le temps » présent dans « l’instant T » ne possèdera pas encore les mêmes significations pour un tout-petit et pour un adulte. À l’inverse, un « bord » sera un élément topographique qui pourra s’expérimenter en salle de motricité par exemple. Sans changer l’orientation de l’invitation, il s’agit de procéder en restant au plus près de ce que peut faire l’enfant et en adaptant les pratiques. Le projet est de réaliser un paysage, un paysage qui existe actuellement autour de soi, là où l’on habite, là où l’on a pu aller un jour, qu’il soit agréable et paisible ou agité, inquiétant, laid, etc.

 Si nous avons compris ce projet, nous chercherons alors les moyens de le faire partager.

  •  Pour le tout-petit et parfois pour l’adulte, il y a à construire la notion de « paysage ». Regarder par une fenêtre, regarder à travers un cadre en papier qui limite le champ visuel afin d’isoler une portion de l’environnement de ce qui est visible par ailleurs, constitue une première étape. En effet, pour l’enfant, le monde n’a pas encore de formes établies comme il en va pour la plupart des adultes. Il y a à cerner et à discerner, à apprendre à regarder, à montrer, à désigner, à agencer, à représenter avec ou sans les mots…
  •  Des photographies de paysages et d’autres représentations graphiques en couleur ou non serviront à préciser ce qui sera à réaliser : un paysage ! De la diversité des paysages montrés résultera la complexité et la singularité des réalisations ultérieures. Il y a à comprendre ce qu’est « un paysage », mais aussi ce qu’est « une image » représentant un paysage, d’autant que tous les paysages et toutes leurs représentations ne se ressemblent pas ! En somme, c’est le concept de paysage qui commencera à se former.
  •   Le vocabulaire de la géographie et des arts plastiques, de même que les histoires racontées et les excursions faites, faciliteront l’approche. Un paysage ne vaut, en effet, que si nous comprenons qu’il sera possible d’y circuler, entre des espaces visibles depuis un point de vue et des espaces cachés qui seront dévoilés au gré de déambulation. La cour de récréation et les abords de la maison, de la crèche ou de l’école composent ainsi des territoires propices à l’exploration.
  •   Il sera également important de parler du format « paysage ». Un support pris à l’horizontale ou à la verticale (format « portrait ») n’autorise pas les mêmes représentations.
  • La feuille A4 n’est pas un obstacle à l’expression des enfants en raison de sa taille qui peut sembler réduite. En regard de la main d’un enfant, elle est même vaste. À temps égal, sur une feuille A4 l’enfant pourra intervenir avec plus de détails que sur une feuille de format plus grand : un bond qualitatif sera franchi.
  • Ensuite, selon l’âge des enfants, il est possible de recenser ce qui peut être placé dans un paysage. À tour de rôle, chacun peut proposer un ou plusieurs éléments (un arbre, une rivière, un pont, une maison, une couleur, un moment de la journée ou une saison, un pays, etc.) qui débouchera sur des choix individuels lors de la réalisation en peinture ou par d’autres moyens plastiques (collages à partir de photographies, etc.).
  • Le temps des réalisations individuelles est important. La Grande Lessive® peut s’improviser, toutefois il est préférable de proposer plusieurs ateliers en amont. Ainsi chacun réalise un premier paysage, on en parle et on réfléchit avant d’en réaliser de nouveaux. Enfin on apprend en à choisir un parmi ceux élaborés. Suspendus à un fil, l’ensemble des réalisations choisies donnera un aperçu de l’étendage de La Grande Lessive®
  • Le jour « J », l’étendage se fera en plein-air, au vu et au su de tous. La notion d »exposition » pourra être abordée, comme celle d’ « installation artistique ».

Surprise : ce qui vient d’être conçu pour des enfants peut s’appliquer à un collectif d’adolescents ou d’adultes !

Une invitation : pas une formule magique

  Le projet de La Grande Lessive® est de ne pas laisser les enfants entre eux ! Lors de l’étendage du 17 octobre, les réalisations des enfants seront suspendues à des fils avec des réalisations d’adolescents et d’adultes. Chacun découvrira alors ce qu’un autre a réalisé. Les échanges se multiplieront, les apprentissages aussi. La Grande Lessive® n’est qu’un temps dans une histoire. Imaginer que l’invitation de La Grande Lessive® est trop difficile pour des enfants, c’est souvent imaginer qu’une formule pourrait tout régler ou plutôt qu’il existerait une formulation permettant à n’importe quelle personne à la surface de la Terre de réaliser ce qui est demandé sans aucun effort.

  C’est oublier également que les arts sont des pratiques sociales qui requièrent l’intervention humaine. L’adulte en capacité de lire l’invitation a ainsi la responsabilité de sa communication à d’autres personnes en respectant, à la fois, ce que sont ces personnes et ce qu’est l’invitation. Ce n’est pas facile ! L’équipe de La Grande Lessive® fait néanmoins le pari de l’intelligence et de la bienveillance de chacun.