Inventons notre histoire !

Inventons notre histoire !

Trois milliards de personnes sont confinées. C’est du jamais vu ! Comment raconter ce que nous vivons ? Dans les histoires pour enfants, la marmotte se terre jusqu’aux temps meilleurs. Les premiers bourgeons la voient sortir de son trou.

  Les fleurs sont là, l’air embaume et nous sommes reclus ! Rien ne se passe comme dans les contes ! Le méchant est invisible, microscopique, pas seulement caché sous le lit, mais partout : sur une poignée de porte, un bouton d’ascenseur, un emballage de biscuits… Se réfugier dans les bras de quelqu’un et l’embrasser ne réconforte plus comme avant. Les gestes « barrières » ont fait leur apparition et nos élans sont stoppés par la crainte de la maladie. Les porteurs sains sont partout, l’innocence de l’enfance en prend un coup !

   Comment raconter que nous n’avons jamais vécu cela et que notre plus grand regret est que nos enfants et nos petits-enfants le vivent, et peut-être à le revivre ? Comment révéler qu’il n’y a pas de prince charmant pour nous réveiller d’un baiser, pas de super-héros pour terrasser le virus, pas de fée pour métamorphoser notre douleur en cri de joie et pas de masque même pour Zorro ? Comment affronter une réalité qui dépasse la fiction ? Confinés, mais transparents, tracés par nos téléphones, notre consommation, nos déplacements, nos déchets, nos recherches sur le net… Surveillés par des caméras et des drones qui se mettent à nous interpeller du haut de leur technologie de pointe, ou par certains voisins qui redoutent la contamination par des soignants logeant sur leur pallier quand, il y a peu, il se vantait de cette cohabitation valorisant leur bien ? Comment expliquer aux jeunes que leurs projets s’effondrent et que les règles changent ? Nous sommes tous punis dans nos chambres ! Comment dire aux grands-mères bienveillantes à qui est destiné un petit pot de beurre porté dans un panier et aux grands-pères, ces héros, qu’ils ont à attendre la mort seuls et reclus dans leur chambre-tombeau pour ne pas engorger les urgences ? Comment annoncer aux autres, à vous, à moi, qui ne se reconnaissent pas ou plus dans les tableaux statistiques, que rien n’est vraiment prévu pour eux et que nous ignorons tout de l’histoire, mis à part qu’il y aura une chute ?

  Tout dépendait de nous, nous n’avons rien compris. On accusait certains de crier fort au loup. On regardait le doigt sans discerner la lune. Comme dans un livre lu et relu le soir, aujourd’hui comme hier, la légende des images se retrouve modifiée par la personne qui raconte. Un jour, elle est pressée ; un autre, embarrassée ; le suivant, fatiguée… Pourquoi ne pas apprendre à lire nous-mêmes ? Les parents actuels ne pressent-ils pas leurs enfants à le faire au terme de la crèche ? Pourquoi ne pas fabriquer nos images, les tenir de première main, sans attendre de découvrir celles que nous n’aurions pas prises recadrées ou modifiées par des logiciels experts ?

  Les portraits d’enfants qui défilent en cette période sur les réseaux sociaux sont les vôtres. Ils parlent d’un temps révolu, regretté, d’un âge d’or ! Inventons des trésors, ne nous complaisons pas dans des vestiges ! Votre portrait actuel est celui d’un adulte qui a à se montrer en tant que tel. Soyez fiers de vos rides, de votre gueule qui en a connu d’autres, bien que là, ça dépasse tout ! Dans quelques semaines, nos cheveux auront poussé, le blanc pointera aux racines, chaque jour, photographions-nous à la tombée du jour, puis au lever si ça nous chante. Basculons la vapeur ! Créons notre visage, cumulons les portraits en rejoignant Rembrandt ! Assurons-nous de vivre, et vivons ! Il n’est plus temps d’ergoter sur les termes d’usage, « épidémie » longtemps préférée à « pandémie ». « Guerre » ou non, des morts creusent déjà nos peines. La vie leur était chère, ne les oublions pas. Inventons notre histoire ! Reprenons-là en main. Conservons des témoignages des lents jours qui s’égrènent pour comprendre ce qui se réalise en famille, entre amis, voisins, habitants d’une ville, d’un pays, d’une Terre qui tourne sans le voir. Fabriquons des mémoires pour soi et pour les autres, pour l’après immédiat et les temps à venir.

  Le site tel un atelier facilitera l’élaboration coopérative de ces données qui peuvent prendre la forme :

  • de captures d’écran d’informations qui témoignent de ce que nous vivons (à classer dans un fichier sur votre ordinateur),
  • de réalisations matérielles accumulées à la manière d’un trésor, dans une boîte à chaussures, au gré d’une élaboration individuelle et/ou familiale (textes, dessins, photographies, documents, petits objets, réalisations de tous ordres…).

Au plaisir de partager avec vous cette aventure créative. J.G.

 

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« Inventons notre histoire ! »

au moyen de captures d’écran

  Vous fréquentez le web puisque vous lisez ce message. Vous connaissez son fonctionnement : après quelques jours ou quelques semaines, certaines informations disparaissent ou deviennent difficiles à retrouver. Soyons des filtres pour en conserver la mémoire pour nous-mêmes, nos familles et peut-être pour nos amis, nos voisins, etc. qui n’ont pas accès à ces informations. Alors, pourquoi ne pas réaliser des captures d’écran afin de témoigner de la période actuelle ? À vous de choisir les documents dont vous conserverez la trace et ceux que vous laisserez filer dans le flot d’informations de tous ordres qui nous submerge : articles, chroniques, affiches, photos, dessins humoristiques, statistiques, posts sur réseaux sociaux, publicités, etc. 

Le projet est de constituer un fichier en classant ces captures d’écran par ordre chronologique et selon les catégories qui vous intéressent. Il ne regarde que vous. Toutefois, si cela vous dit, une Grande Lessive (composée d’étendages publics) permettra d’exposer certaines de vos trouvailles après le confinement. Nous étudions également d’autres moyens de partage.

 Vous ne savez pas comment faire une capture d’écran ? Quelle heureuse occasion d’apprendre ! Si, si le confinement donne des ailes !

Sur Mac
Sur PC

Ce projet vaut pour toute la période de confinement, puis de sortie du confinement. De nouvelles propositions s’ajouteront à cette étape numérique, car tout le monde n’est pas sur le web. D’ailleurs, nous vous remercions de relayer nos projets auprès de personnes qui en sont privées. La proposition suivante peut les intéresser et ravir (mais si, mais si) toutes les générations.

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« Inventons notre histoire ! »

avec une boîte à chaussures

  Il y a bien une boîte ou deux dans un placard qui ne demandent qu’à changer de destinée. Elles connaissent le confinement et aspirent à découvrir le monde… Prenez en main leur instruction. Chaque jour à venir, déposez au-dedans une coupure de presse, un dessin, une photo, une peinture, un poème, un texte, ou tout autre élément fabriqué ou non par vos soins ou ceux de vos proches, afin de composer une mémoire pour vous-mêmes et votre famille. Attention, avant de déposer un élément, veuillez à ce qu’il ne soit pas souillé. Évitez par exemple de collectionner des masques et des gants usagés.

Au fil du confinement, cette boîte se métamorphosera en trésor. Ne nous remerciez pas : C’est un plaisir de changer grâce à vous le plomb en or !

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« Inventons notre histoire ! »

avec un autoportrait

 

   L’autoportrait est le portrait d’une personne fait par elle-même. Rien n’oblige à se précipiter pour le faire au moyen de la photographie et de l’appeler « selfie ». Rien ne contraint également à le publier sur les réseaux sociaux. Un autoportrait unique peut « couronner » des semaines de confinement, être une composition associant observation et invention. Élaborée au moyen du dessin ou de la peinture, cette réalisation vous garantit des heures et des jours de réflexions, de recherches, de conflits avec vous-mêmes, d’espérances déçues et d’accidents fertiles… En un mot, aucun ennui : vous vous tiendrez compagnie et vous garderez à jamais un témoignage incomparable (mais si, mais si!) de cette période de votre vie.

Attention ! Que cette période où il est question de guerre, ne vous conduise pas à écrire « autoporté·e » au lieu d' »autoportrait ». Ce serait balot !

 

Giorgio De Chirico, Autoportrait, 1922-1924 (et oui, il a pris son temps).

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 » Inventons notre histoire ! »

avec le détournement

 

   Les Tontons flingueurs est une comédie franco-germano-italienne réalisée par Georges Lautner en 1963, sur un scénario d’Albert Simonin et des dialogues de Michel Audiard, avec comme acteurs principaux Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre et Francis Blanche. Ce film est une adaptation du roman Grisbi or not grisbi d’Albert Simonin, troisième volet d’une trilogie consacrée au truand Max le Menteur démarrée avec Touchez pas au grisbi, suivi par Le cave se rebiffe, tous deux également adaptés à l’écran. Toutefois, les trois adaptations cinématographiques sont indépendantes, et ne présentent pas ce caractère de trilogie comme dans les romans.

La version détournée a été réalisée par Rions con finés.

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 » Inventons notre histoire ! » avec des rues désertées

Comment y prendre part ? C’est simple ! Il suffit de choisir un angle de vue qui vous intéresse. Le photographe Éric Bouvet arpente Paris pour réaliser des clichés des rues désertées. Toute ville, tout village, tout site touristique touristique, commerce, parc, aire de jeux, plage, etc. se retrouve aujourd’hui métamorphosé par l’absence d’êtres humains, la place concédée à la nature, aux animaux… Au fil des jours de nouveaux paysages apparaissent au grand jour. Conservons des traces de ce monde-là. Photographiez votre rue, votre quartier. Votre connaissance des lieux et votre regard sont uniques. Si nous sommes nombreux à agir ainsi nous réaliserons un inventaire d’ampleur en couvrant d’innombrables territoires.

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« Inventons notre histoire ! »
avec des images prises par des drones

Prenons de la hauteur. En ce moment, de nombreux sites mettent en ligne des vidéos de villes désertes. Retrouvez la vôtre : celle où vivez, celle où vous êtes né·e, celle où vous passe vos vacances, etc. Émotions garanties ou presque. Écrivez, notez ce qui vous vient, développez ou pas, mais conservez ce témoignage précieux pour vous, votre famille et sans doute aussi pour notre histoire. Une Grande Lessive exceptionnelle permettra de rassembler ces témoignages.

Depuis le confinement, entré en vigueur le 17 mars, les Français sont invités à rester chez eux et ne plus se déplacer. Depuis cette date, finis les embouteillages et rues noires de monde. A Lyon, Nantes, Rouen, Grenoble et même Paris, des drones ont pu capturer des vues saisissantes. France bleu.fr

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 » Inventons notre histoire ! »
avec des images prises dans la rue

 » Inventons notre histoire ! » est l’un des projets initiés par La Grande Lessive. Comment y prendre part ? C’est simple ! Il y a d’innombrables façons. L’une d’elles consiste à photographier les files d’attente devant les magasins petits ou grands. Vous pouvez aussi effectuer des captures d’écran pour recenser qui se passe en ce cas dans d’autres régions du monde ou comme ici, rapprocher deux images. Écrivez, notez ce qui vous vient, développez ou pas, mais conservez ce témoignage précieux pour vous, votre famille et sans doute aussi pour notre histoire. Une Grande Lessive exceptionnelle permettra de rassembler ces témoignages.

Henri Cartier-Bresson (1908–2004), Vente d’or dans les derniers jours du Kuomintang, Chine, décembre 1948.
https://www.henricartierbresson.org/…/henri-cartier-bresso…/
Capture d’écran, 2020, distanciation sociale.

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 » Inventons notre histoire ! »

depuis notre fenêtre

Nous vous proposons de découvrir la démarche du photographe Martin Argyroglo intitulée  » Fenêtre sur tour » et de vous en inspirer pour témoigner de la période actuelle.

Nous remercions par avance ceux·celles qui partagent nos liens, d’inclure notre message dans le partage. Nous cherchons en effet à développer les pratiques artistiques, c’est-à-dire à éveiller le désir de réaliser soi-même des images, et non à accroître la propension à leur consommation. De plus cette proposition fait partie d’un projet plus global : https://www.lagrandelessive.net/inventons-notre-histoire/
qui nécessite un travail bénévole important.

Martin Argyroglo intitulée  » Fenêtre sur tour »

« Inventons notre histoire ! » avec la parodie

Pour rappel, la parodie est une forme d’humour qui utilise le cadre, les personnages, le style et le fonctionnement d’une œuvre ou d’une institution pour s’en moquer. Elle se fonde entre autres sur l’inversion et l’exagération des caractéristiques appartenant au sujet parodié.

 » Inventons notre histoire ! » avec l’école à la maison

Prenez des photos, rédigez des témoignages, comparez les points de vue des membres de la famille, demandez leur avais aux enseignant·e·s directement concerné·e·s, consultez les sites officiels ou non dédiés à cette action… Vous allez trouver des documents, c’est certain !

 

 » Inventons notre histoire ! » avec des témoignages de soignant·e·s

Photo trouvée sur le web sans aucune légende.