L’invitation du 23 mars 2023 est :  » Ma cabane et-est la tienne ». Une invitation définit ce qui est à faire ensemble à l’occasion d’une Grande Lessive®. Son libellé bref et énigmatique éveille curiosité et réflexion. Chaque invitation questionne des pratiques de tous registres et engage à abandonner les représentations toutes faites. La coopération indispensable à une manifestation d’art participatif impose de ne pas la modifier et d’accepter de cheminer avec d’autres personnes à partir de ce référent commun.

Au terme d’un processus créatif, une réalisation suspendue au fil de La Grande Lessive® développe ainsi une identité propre en laissant deviner une même impulsion. Des réalisations issues d’approches et de médias différents (photographie, image numérique, dessin, peinture, etc.) dialoguent alors au sein d’une installation éphémère. Et, le regard qui s’y intéresse, interroge à son tour l’invitation initiale afin d’ébaucher d’autres possibles.

Invitation pour La Grande Lessive® du 23 mars 2023
Ma cabane et-est la tienne

Daniel Buren, Les trois cabanes éclatées en une, 1999-2000, DR

Une installation en forme de cabane faite de cabanes

Chaque invitation de La Grande Lessive® s’explore à partir de points de vue distincts. Les réalisations n’ont pas à se ressembler. De cette diversité d’approches naît l’intérêt des étendages. Une « Grande Lessive » réussie comporte des réalisations de même format (A4), devenues des espaces créatifs ouverts à tous les possibles et tous médias (photographie, dessin, collage, peinture, création numérique, etc.) suite à leur élaboration par des personnes de tous genres, âges, conditions sociales, compétences et lieux de résidence. Leur suspension à un même fil provoque des voisinages inattendus qui questionnent un même sujet. Le 23 mars 2023, ce sera « Ma cabane et-est la tienne ».

D’emblée, selon le choix d’un « et » liant deux constructions distinctes (« Ma cabane et la tienne ») ou l’emploi du verbe être (« Ma cabane est la tienne »), les options techniques, esthétiques et artistiques se distingueront. Il se peut même que l’on se voit déjà habiter en solitaire une cabane isolée ou en partager une, en cœur de ville, avec d’autres personnes.

Dans les deux cas, cette cabane sera un lieu de vie articulant l’intime et le public, le dedans et le dehors, la fragilité et le réconfort. Les liens à nouer ou à refuser avec un environnement végétal, minéral, animal, humain, culturel, urbain ou non, industriel ou post-industriel, rural, marin, alpestre, désertique, etc. et sa fonction (cabane de bûcheron, de chantier ou de chasse, cabinet d’aisance…) ébaucheront ses contours.
Les fils tendus lors de La Grande Lessive® le seront de manière à édifier une cabane en plein air. Ses parois se composeront de fils tendus supportant une infinité de cabanes de toutes sortes réalisées, par chaque participant, sur un support de format A4. Ces réalisations prendront la forme d’esquisses, croquis, plans, dessins colorés ou non, peintures, photographies, créations numériques, collages, photomontages ou textes (légendes, échelles, descriptif, histoire, etc.). Il y aura autant de représentations de cabanes que de participants, mais une seule cabane monumentale conçue en trois dimensions pour les accueillir. Cette installation se visitera de jour et peut-être de nuit. Des visites commentées seront programmées afin d’accueillir toutes les générations, décrire le projet et raconter des histoires inventées à partir de certaines images. Des ateliers organisés sur place permettront d’ajouter des cabanes aux cabanes et de faire que « ma cabane » devienne aussi « la tienne ».

S’intéresser aux êtres et à ce qu’ils conçoivent pour vivre en société

Une invitation sert de base à des élaborations plastiques diversifiées en raison de la disparité de participants issus de toutes les générations et de pays différents, et du refus de leur imposer un modèle. La démarche créative s’amorce ainsi par le surgissement d’idées à l’énoncé de « Ma cabane et-est la tienne ». Les étendages composés de fils, de pinces à linge et de réalisations de format A4 complètent ce dispositif artistique.

La cabane existe depuis que les êtres humains cherchent à s’abriter. Si, dans certaines sociétés contemporaines, ce type d’habitat évoque les jeux d’enfants, en toutes régions du monde, sa construction concerne l’ensemble des générations et symbolise parfois le passage à l’âge adulte. Habitat premier et vital, ou précaire, subi, temporaire, ludique, choisi ou fantasmé, la cabane adopte des formes, des configurations et des apparences variables, souvent éphémères, en raison de l’incidence des intempéries sur des matériaux de fortune, ainsi que de la capacité à la réinventer en fonction de contraintes et d’intentions changeantes.

Après « la couleur de mes rêves » (invitation du 20 octobre 2022), « Ma cabane et-est la tienne » parle autrement du songe et de l’utopie. Aujourd’hui, la cabane en forêt s’apparente, en effet, à un refuge pour essayer d’échapper aux injonctions d’un univers déshumanisé et éprouver le sentiment de retrouver des racines. Elle se vit tel un nid et fait espérer des jours meilleurs. Elle constelle les jardins ouvriers et familiaux de toits modestes, mais précieux. Dans le même temps, habitat traditionnel de populations locales, elle succombe aux assauts de la déforestation. Édifiée en bordure d’un boulevard périphérique de mégapole, sur des friches industrielles, aux abords de côtes ou au sein de cités dévastées par la guerre, elle devient l’asile ultime pour la survie et terrorise. Parent pauvre du gratte-ciel, elle s’agglomère également en bidonville. Objet complexe, la cabane éveille aussi bien le désir de la construire pour longtemps et de la préserver, que celui de la laisser derrière soi et de la détruire.

Le fait de montrer ou de cacher une cabane situe cette construction au centre de préoccupations sociétales et artistiques dans lesquelles l’être humain occupe une place majeure. Ses proportions et sa taille dictent celles de son abri. Les moyens matériels et les techniques à sa disposition imposent ou autorisent des apparences diversifiées ou normées, car une cabane ne s’implante ni n’importe où ni n’importe comment et n’est pas destinée à n’importe qui.
La cabane interroge, de ce fait, les principes de la vie en société, de même que le moment où s’arrête le bricolage et où commence l’art. Elle n’est pas refermée sur elle-même. Elle est attentive aux autres et les autres le sont à ce qu’elle est, d’autant qu’elle invente ou revisite des modalités de construction, récupère et détourne procédés et matériaux de tous domaines. Sa conception repousse des limites et propose des solutions architecturales, quand bien même son édification sur un terrain réel restera à jamais différée. À travers elle, La Grande Lessive® invite à s’intéresser aux êtres et à ce qu’ils conçoivent pour vivre en société : l’habitat et la diversité de ses formes, ses codes graphiques de représentation (croquis, plan, vue perspective, maquette, etc .) ses processus de fabrication, mais aussi la vie sociale qui s’y développe.

Que faire pour La Grande Lessive® ?

Des pistes de travail et des repères vous aideront à animer des ateliers en vue de La Grande Lessive® et à concevoir des réalisations singulières. En effet, ce site constitue un atelier partagé entre celle et ceux qui organisent et participent à cet événement. Il est notre référent commun où que nous nous trouvions dans le monde. Les informations publiées sur nos réseaux sociaux complètent ce partage.

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