Pistes de travail du 26 mars 2020

La prochaine édition aura lieu le 26 mars 2020.

Toutefois, en raison de la situation sanitaire, les étendages collectifs sont impossibles.

Les réalisations seront suspendues aux fenêtres.

Afin de créer du lien en période de confinement et témoigner de notre vitalité, l’invitation devient : 

« Fleurir ensemble ».

L’invitation  » Un monde en kit » sera reprise pour le 15 octobre afin de partager le travail déjà engagé par des milliers de collectifs. Merci de votre compréhension. Prenez soin de vous et soyez attentif·ve·s aux autres !

 

 » Fleurir ensemble ! »

   Le linge et les fleurs occupent les fenêtres depuis des temps immémoriaux. Le 26 mars, le printemps commencera dans de nombreuses régions du monde. L’éclosion des fleurs en est l’une des manifestations. Le cycle des saisons s’accomplit d’un hémisphère à l’autre. Cette rotation rappelle celle des tambours de machine à laver, moins poétique que la symbolique de la fleur, mais aussi nécessaire en période d’épidémie !

  Les fleurs poussent dans les conditions les plus rudes et dans les lieux les plus inattendus.

  La fleur incarne l’espoir, l’amour, la fragilité, la fertilité, l’attention à l’autre… Son choix n’est jamais anodin, la composition de bouquets non plus. Une forme de langage s’élabore à travers eux. En ces temps de confinement, dialoguer par leur entremise revient à retrouver et apprécier des modalités de communication trop souvent oubliées.

  •  Le 26 mars, il sera possible de représenter des fleurs en dessin, peinture, photographie ou par tout autre moyen sur un format A4, avant de suspendre les réalisations d’une personne ou d’une même famille à un fil tendu au moyen de pinces à linge.
  • Il est également envisageable d’associer des fleurs véritables à leur représentation.
  • Une autre voie s’offre aussi : partir de mots, de synonymes. En voici une liste : éclore, s’épanouir, bourgeonner, boutonner, briller, croître, embellir, enjoliver, enrichir, grandir, imager, orner, parer, pigmenter, se développer, se former, se propager…

  Essayons de « Fleurir ensemble! » ces jours qui s’annoncent sombres. Témoignons de notre inventivité et de notre fraternité. Faisons réseaux, rhizomes, en diffusant cette proposition dans notre immeuble, notre rue, notre quartier, via les réseaux sociaux, la municipalité…

 

   L’équipe de La Grande Lessive® a imaginé cette proposition dans l’urgence afin de répondre à une situation inédite.

Elle tient à remercier, d’une part, tous les collectifs déjà engagés dans la préparation d’ « Un monde en kit » et sait qu’elle peut compter sur leur compréhension

 et, d’autre part, les personnes, associations et institutions qui découvrent cette action et qui s’y associent en des circonstances si particulières.

 

I

Qu’est-ce qu’une piste ?

  Une piste permet de passer de l’inaction à l’action, de l’absence de pratique artistique à l’amorce d’une démarche.

  En aucune manière, ce qui est indiqué ici sous cette dénomination n’a vocation à être imposé à d’autres personnes. Les pistes publiées le sont afin de nourrir une réflexion personnelle et si les réalisations conçues pour la prochaine Grande Lessive venaient à se ressembler au sein d’un même collectif, si les références à certain(e)s artistes conduisaient – non pas à découvrir sa propre manière de faire – mais à les imiter plus ou moins maladroitement, nous en serions attristés. En effet, nous visons l’autonomie de chaque participant. Ces pistes sont réservées à un usage personnel. Elles sont régies par la propriété intellectuelle : toute diffusion sur tout type de support (site, document de stage, etc.) doit faire l’objet d’une convention avec l’association La Grande Lessive et d’une rétribution. 

 

Série Détails ©Florence Brochoire/ La Grande Lessive® Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, 2019

 

Une méthode ?

  La recherche de pistes de travail débute par le questionnement des mots qui composent l’invitation. À chaque « Grande Lessive  » correspond, en effet, une invitation qu’il y a à explorer afin que les participant(e)s à cette installation artistique agissent en connivence : il ne s’agit pas de dupliquer une solution, mais d’interroger une base commune. De la diversité des voies explorées dans le respect de la proposition initiale naîtra l’intérêt de cette réalisation collective.

Un projet coopératif ?

  Il s’agit de concevoir, un même jour tout autour de la Terre, une installation artistique éphémère au moyen de fils, de pinces et de réalisations de format A4 conçues à partir d’une invitation commune. Le 26 mars 2020, ce sera : « Un monde en kit ». Cette installation se réalise à l’extérieur de locaux, sur un espace agencé en fonction de son implantation et du cheminement des participants et des spectateurs. Chaque réalisation individuelle contribue à une réalisation collective issue de la coopération.

©Florence Brochoire/ La Grande Lessive® 2019

II

Que faire ensemble

à partir de « Un monde en kit » pour le 15 octobre prochain ?

 En premier lieu, chercher ! Ne pas attendre une réponse immédiate, chercher à comprendre ce que signifie  » Un monde en kit » en partant des définitions et en regardant autour de soi (dans un sac, une cuisine, une maison, un immeuble, une cité, un jardin, une ville, un téléphone portable, un ordinateur, un jeu vidéo, etc.), afin de multiplier et diversifier les approches…

  Ensuite, chaque participant choisira une entrée pertinente en fonction de son point de vue.

  En effet, une invitation telle que « Un monde en kit » souligne la présence de modèles dans notre société. Or le temps de La Grande Lessive® est précisément celui où chacun·e peut tenter de s’en affranchir. Il est ainsi possible de repérer dans un quartier ce qui a été préfabriqué et d’en témoigner au moyen de la photographie ; d’imaginer un monde intégralement en kit (faune, flore, humanoïdes, environnement…) ; de concevoir des kit dédiés à toute sortes d’usages ; de refuser le principe du kit et d’entrevoir d’autres solutions, etc. L’intérêt de l’étendage naîtra de la diversité des propositions, d’ailleurs l’étendage lui-même peut être interrogé sous l’angle du  » kit ». Quel kit pour un participant à La Grande Lessive® ? À chacun de l’imaginer.

La présentation de l’invitation peut vous aider. Pour rappel :

  • Un Kit  est un anglicisme qui qualifie un ensemble de pièces détachées et de fournitures diverses, vendu avec un mode d’emploi permettant de monter soi-même, et de manière économique, un objet quelconque : une maison, un meuble, un vêtement, un plat cuisiné…
  • La préfabrication, c’est-à-dire la fabrication d’éléments de construction assemblés ultérieurement sur place, complète cette définition.
  • La préfabrication consiste à fabriquer à l’écart du site de construction ou certains éléments d’un ouvrage qui étaient par tradition construits sur place, avant de les assembler pour édifier un bâtiment par exemple. Cette procédure s’applique à des éléments répétitifs et/ou complexes depuis les origines de l’architecture. Toutefois, cette méthode s’est intensifiée à partir du XIXe siècle avec le développement de l’industrie et le souci de la rentabilité. Cette préfabrication s’effectue en usine, en laboratoire, en atelier ou sur un chantier dédié à cette mission. Elle se réalise soit sur le site de la construction, soit à distance. Des éléments préfabriqués et des sous-assemblages facilitent ainsi la construction d’ouvrages de plus grande ampleur.

Autres mots clés : kit, préfabrication, construction, agencement, composition, série, unité, multiple, module, tout, partie, détail, modèle, même, autre, assemblage, collage, montage, emboiter, combiner, moduler, varier, habiter, territoire, espace, plan, programmer, inventer, pratique, méthode, processus, partage du travail, équité, égalité, taille humaine, dimensions, proportions, identité, singularité, récupération, recyclage, détournement, bricolage…

III

Ateliers

  • Les ateliers sont à imaginer à partir des ressources proposées sur :

« Que faire ensemble ? »,

https://www.lagrandelessive.net/le-26-mars-2020-un-monde-en-kit/

 cette page et sur notre compte FaceBook.

IV

Ressources

 Faites fonctionner l’ascenseur de la page s’il-vous-plaît, car il y a de nombreuses ressources dans différents champs,

entre autres en poésie grâce à Raphaël Loison et en cinéma grâce à Mathilde Trichet !

 

Absalon (1963-1993), Cellule d’habitation DR

Ensembles et détails des arcs décoratifs, poutres des arcs et poutres du premier étage
Plans et dessins de Gustave Eiffel pour la Tour Eiffel
Gustave Eiffel, 1900.
La tour de trois cents mètres. Planches
Bibliothèque nationale de France, département Sciences et techniques, GR FOL-V-749 (PLANCHES, DOUBLE)
© Bibliothèque nationale de France DR
 

Des kits se cachent aussi sur le site de la Bibliothèque nationale de France :

 

 

Kit pousse de champignons

Une ville champignon est une ville qui connaît une croissance démographique et économique rapide et soudaine.

Des kits par ici et des kits par là…

Photomontage, Joachim Beyrowski.DR

 

Espen Dietrichson (né en 1976) DR

La Boîte-en-valise (ou simplement Valise) est une série rassemblant des reproductions d’œuvres d’art de Marcel Duchamp (1887-1968) conçues par l’artiste lui-même.DR

Œuvre d’art en soi, la première Valise est réalisée à partir de 1936 et présentée en 1941.Carton, bois, papier, plastique 40 x 37,5 x 8,2 cm
À l’intérieur de la boîte, sur carton : DE ou PAR / MARCEL DUCHAMP / ou / RROSE SELAVY. Boîte dépliante en trois parties en carton recouverte de toile beige contenant des répliques miniatures d’œuvres, 69 items (photographies et documents, fac-similés). Plus d’infos : https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/cybq4y/razo6E5

Uta-garuta, kit japonais de poésie !

   La poésie peut-être ressentie comme une lecture singulière du monde. Les anthologies comme une sorte de kit qui permet de recomposer la diversité du monde à partir de ces lectures singulières que sont chacune des voix des poètes.

   La culture japonaise classique s’est construite à partir de sa voisine chinoise et, comme elle, a, très tôt dans son histoire, réalisé des anthologies. La cour impériale japonaise était si entichée de poésie qu’elle pratiquait un jeu de mémoire avec des coquillages où étaient écrits des poèmes. Plus tard, à la découverte des jeux de cartes utilisés par les Portugais, les coquillages furent remplacés par des cartes. Ce jeu s’appelle uta-garuta ou couramment karuta. Il est composé des cent poèmes d’une anthologie intitulée « De cent poètes un poème » (Hyakunin Isshû) réalisée au 13e siècle.

   Le jeu est composé de 200 cartes : 100 avec le poème complet et illustrées du portrait du poète et 100 avec seulement la fin du poème qui sont étalés devant les joueurs. Un partenaire lit à haute voix le poème et les joueurs doivent reconnaître la carte portant la fin du poème et la saisir. Le jeu est joué traditionnellement en famille lors des fêtes du Nouvel An. Des compétitions, avec des règles différentes, sont organisées régulièrement dans tout le Japon. Ces compétitions opposent deux joueurs face à face.

   Un manga, Chihayafuru, dont le thème est la compétition de karuta, a été adapté en série télévisée d’animation en 2011 et 2013.

Raphaël Loison

Cinéma-kit

Le kit au cinéma

Des images de « kits », on en voit souvent, au cinéma. Et souvent, on en rit : en témoigne la maison en kit de One Week (La Maison démontable, Buster Keaton, 1920, voir ci-dessous). Autre exemple fameux : Charlot ouvrier devenant fou sur la chaîne des Temps modernes (1936). Le « kit », la parcellisation de la tâche fait perdre toute finalité au geste, à en faire perdre raison ! Certains personnages de film boycottent alors la chaîne à dessein : c’est le cas du ramoneur, dans Le Roi et l’oiseau (1979) de Paul Grimault.

Buster Keaton (1895-1966), La maison démontable, 1920.

Charlie Chaplin (1889-1977), Les temps modernes, 1936

 Jacques Tati, Mon oncle, 1958 DR

On rit de ces séquences, parce que tel est le parti pris de leurs réalisateurs : ils choisissent de nous montrer ce « kitage » du monde sous une forme burlesque.

D’autres nous propose un point de vue plus clinique, plus effrayant du monde « sous kit ». Les plans sur les immeubles de banlieues dans L’Amour existe (Maurice Pialat, 1960) ou encore à Aulnay-sous-Bois dans Swagger (Olivier Babinet, 2016), laissent ainsi imaginer comment ces immeubles ont été montés à l’identique. Agencements de vitres et de plaques de béton. Homogénéité requise. Verticalité contre gain de place. Objectif : faire rentrer dans les rangs (étagés). Chez Pialat, le commentaire « off » ne laisse aucun doute sur les méfaits des quartiers-en-kit. Chez Babinet, ces îlots sont menacés de destruction par des vaisseaux spatiaux. Fantasme morbide d’adolescents qui voudraient vivre ailleurs…

En se saisissant du kit et de ses effets, l’artiste propose une vision politique du monde (la sienne) et nous invite alors à penser par nous-mêmes. L’art cinématographique permet précisément de penser avec du mouvement, dont celui rendu par le montage (on a beau s’éloigner des tours du quartier filmé à Aulnay, celles qu’on découvre ailleurs sont rigoureusement les mêmes ; on peut aller à un autre endroit de la chaîne, on trouvera toujours des ouvriers qui triment en cadence) et avec du temps : on peut rendre compte d’une fabrication-kit jusqu’au résultat final, qui ne correspondra par à l’objet attendu si, comme Buster Keaton, le « kiteur » se laisse guider par son imagination plutôt que par un mode d’emploi sec et strict. Puni il sera ! En l’occurrence, un train détruit l’œuvre de Keaton, puisque telle était sa maison devenue : une œuvre, résolument personnelle.

Le cinéma, un art en kit ?

Classiquement, la production d’un film passe par plusieurs étapes bien définies : le développement (phase d’écriture et de conception), la préproduction (recherche des financements et précision du projet en fonction des moyens réunis), la production (constitution des équipes techniques et artistiques, plan de travail, tournage) et post-production (montage image et son, étalonnage, mixage). Le cinéma est bien une industrie, avec sa chaîne, son « kit » de fabrication. À croire ainsi que tout le monde pourrait devenir cinéaste, et ce d’autant que l’une des barrières financières (l’acquisition de matériel technique professionnel) s’est considérablement amoindrie avec le développement du numérique. Et pour peu qu’on ait acquis des notions d’écriture de scénario (en la matière aussi, des kits existent, cf. L’Anatomie du scénario, de John Truby, 1ère édition en 2008), de direction d’acteurs, de cadrage, de montage… Mais alors… pourquoi de nouveaux Renoir, de nouvelles Campion n’ont-ils pas encore fleuri en masse sur nos écrans ? C’est que le « kit », sans âme, standardise. L’art, c’est… une autre histoire. C’est aussi que la diffusion des œuvres cinématographiques de masse, elle-même standardisée, laisse de côté les nouveaux talents qui régénéreraient pourtant nos regards…

Mathilde Trichet