Que faire ensemble ?

 

L’invitation pour La Grande Lessive® du 28 mars 2019 est :

« De la couleur ! »

Avec ou sans dessin,

de la lumière, des pigments, du numérique…

  Le principe de La Grande Lessive® est de tendre des fils pour y suspendre des réalisations (dessins, peintures, images et photographies numériques, collages, poésie visuelle, etc.) de format A4 à deux dimensions, faites par toutes et tous, sans qu’aucune ne soit semblable à une autre, bien que conçues à partir d’une même invitation : » De la couleur !  » Avec ou sans dessin, de la lumière, des pigments, du numérique…

  Une installation artistique éphémère se déploie ainsi in situ, c’est-à-dire là où un collectif décide de la faire exister : rue, place, cour, espaces privés ou publics…  L’étendage a lieu en plein air, qu’il pleuve ou qu’il vente ! Le projet est de concevoir, de manière collective, un dispositif inédit, intrigant, et pourquoi pas artistique, pour faire de l’art participatif !

Afin de vous aider à le mettre en place, une vidéo détaille ici l’invitation et le dispositif, un texte (ci-dessous) invite à réfléchir à l’invitation, des pistes de travail l’explorent sous un angle pratique, des documents à télécharger (affiche, etc.) sont à votre dispositif et un formulaire d’inscription permet de signaler votre participation sur la carte de l’action.

« De la couleur ! »

Palettes de Paul Cézanne, Musée Granet, Aix-en-Provence 

  Que serait la couleur sans la lumière ? Et nous, que deviendrions-nous sans l’une et l’autre ? Nous ne pourrions rien voir ! Un monde sans couleur ne serait plus celui que nous connaissons et qui nous fait rêver. Il perdrait sa saveur comme les aliments que nous mangeons quand nous sommes privés de la vue. Tout donnerait le sentiment de se ressembler, en soulignant − trop tard − le prix que nous accordons aux différences. En somme, nous aurions l’impression de perdre notre identité et de vivre dans un univers étranger.

Joëlle Gonthier, Nuit, 2018

  Et que deviendraient les peintres et la peinture qui, depuis les premiers temps de l’Humanité, ont permis de manifester l’existence de celle-ci comme celle d’une pensée qui ne cesse de cheminer ? Qu’en serait-il, par exemple, de la photographie, du cinéma et de la vidéo : l’image retrouverait-elle ses apparences premières ?

Eugène Chevreul, La loi du contraste simultané, 1839

Louis Ducos de Hauron (inventeur de la photographie couleur en 1869), Agen, 1877

Explorer, chercher, (ré)inventer…

  Toute pratique artistique s’empare d’une question pour la mettre à distance et l’étudier afin d’en tirer un bénéfice créatif. La couleur est l’une des composantes qui étaye, autant notre perception, que nos pratiques plastiques. Travailler la couleur revient ainsi à s’interroger sur les relations qu’elle entretient à la forme et à la texture, appelée parfois « matière ». Faut-il les distinguer, les abandonner, les associer ou les combiner ? Que de décisions à prendre et d’expériences à tenter !

  C’est dans la perspective d’une recherche menée grâce à la coopération que La Grande Lessive® du 28 mars 2019 adresse à toutes et à tous une invitation à utiliser la couleur, avec ou sans dessin, à partir de pigments naturels ou chimiques, du numérique et, bien sûr, en utilisant la lumière. « De la couleur ! » ouvre ainsi un champ créatif infini.

James Turrell au Musée Guggenheim New-York

Miquel Barcelo à la Bibliothèque nationale de France

« De la couleur ! Vous n’y pensez pas ! »

  Inviter à travailler la couleur n’est toutefois pas simple à formuler, dans un contexte où la couleur ne se réduit pas à un élément décoratif destiné à repeindre un mur.

  Depuis longtemps, la couleur a été l’objet de débats artistiques opposant ses tenants et à ceux qui privilégiaient le dessin. Fallait-il utiliser l’un plus que l’autre ? Le dessin devait-il être réalisé avant la peinture afin d’en conditionner l’usage ? Ou bien, la couleur serait-elle supérieure au dessin au point de s’en dispenser ou de le remplacer pour tracer, détourer, représenter..? 

Nicolas Poussin, Les bergers d’Arcadie, 1628-1630

Pierre Paul Rubens, La danse des villageois italiens, 1636

                   Oeuvre de Gerhard Richter

  Le monde de l’art n’est pas le seul concerné par ce débat. Par le passé, toute « Grande Lessive » traditionnelle avait obligé à se poser la question du mélange du blanc et de la couleur. Les lessives d’aujourd’hui le rappellent par le souci qui est le nôtre de ne pas colorer ou décolorer le linge, d’obtenir du blanc plus blanc ou de retirer des taches.

Photographie d’Harry Gruyaert

Photographie de William Eggleston

  La symbolique des couleurs utilisées pour marquer un engagement politique, signifier son attachement à un pays ou encore promouvoir une marque, prolonge au quotidien un débat entamé de longue date. Les échanges redoublent, d’ailleurs, d’intensité quand ils s’intéressent à la couleur de nos corps afin d’établir une ségrégation et une hiérarchie intolérables entre les personnes. Loin de se limiter au tableau et à la peinture, le questionnement de la couleur nous percute, de la sorte, pour atteindre l’image de chacun(e) !

Hans Hartung, 1882

  C’est pourquoi les pratiques artistiques offrent un grand intérêt. Elles permettent, en effet, d’explorer les problématiques de la couleur, en se référant à leur composition physique et chimique, à leur histoire, à leurs usages artistiques et culturels, comme aux sensations, aux réflexions, aux interprétations et aux significations qu’elles suscitent ou autorisent à développer de façon créative. Elles participent à accroître le plaisir esthétique qui résulte de ses usages artistiques.

Oeuvre de Gabriel Orozco

Catherine Viollet, Sans titre, 2007

Plusieurs niveaux de lecture

  L’invitation «  De la couleur ! » propose ainsi plusieurs niveaux de lecture. Les plus jeunes qui découvrent les mélanges colorés, les contrastes et les dégradés et vivent dans une relation où tout n’est pas encore identifié, comme les adultes qui oublient au fil du temps certains aspects de l’environnement dans lequel ils évoluent, peuvent explorer ce champ qui n’est pas uniquement dédié à la vue. Ne parle-t-on pas de « couleur sonore », de goût de fruits rouges ?

  « Avec ou sans dessin, de la lumière, des pigments, du numérique… » multiplie les pistes pour imaginer des démarches : tenter ou nous de dessiner, dessiner avant de peindre, peindre avant de dessiner ; utiliser la lumière colorée grâce à l’emploi de gélatines, travailler les différences entre lumière naturelle et artificielle ; découvrir les pigments en poudre, l’encre, la peinture acrylique… ; photographier en noir et blanc, puis en couleur, faire virer une image ; travailler une même couleur avec des pigments et sur écran, etc. Quels que soient l’âge, les compétences et les moyens matériels dont on dispose, une démarche créative sera possible à la condition d’accepter de se lancer avec gourmandise dans l’inconnu !

Edouardo Arroyo, Rashomon, 2000

Une installation artistique polysensorielle

  La dimension artistique est indispensable. Il y a à favoriser la recherche et l’invention : chacun(e) peut explorer maintes pistes avant de choisir ce qui sera exposé. Ensemble, définissons un lieu d’étendage différent de celui attribué à un affichage fréquent ou officiel. Interrogeons-nous sur la manière d’agencer les réalisations des un(e)s et des autres qui ne doivent en aucun cas être semblables. Ce n’est pas un exercice à partir d’un modèle. Il s’agit de concevoir collectivement une installation artistique éphémère qui surprend et donne envie d’agir. Osons les intempéries et leurs effets sur les couleurs ! Ne protégeons pas les réalisations avec du plastique qui compromet l’effet esthétique et qui pollue les océans. Redécouvrons le plein air, le vent, le ciel qui compose un fond changeant qui modifie la perception des couleurs ! Osons la nuit qui tombe, l’obscurité qui vient, les faisceaux de lampe et les projections sur des supports blancs ou colorés ! Osons la musique ou des danses inventées pour faire écho aux couleurs, mais n’oublions pas qu’elles sont au cœur de notre action !

Dorothée Selz, Pains, sculpture

Une performance artistique

  La Grande Lessive® offre l’occasion de travailler la performance : ce ne seront pas dix ou vingt réalisations, mais un nombre bien plus important qui sera affiché, peut-être plusieurs centaines. Il s’agit, en effet, d’une manifestation d’art participatif ouverte à tous et à toutes. Plus il y aura de participant(e)s de tous âges, de compétences et de conditions sociales, plus l’étendage sera « coloré » ! Il est, de ce fait, important de constituer des collectifs, de faire réseau sur un même territoire et, bien sûr, de partager cette invitation !

  L’impact de l’installation sur celles et ceux qui la regarderont, dépend de la conception de l’étendage, des décisions collectives et de la latitude laissée à chacun(e). C’est dire l’importance des ateliers ou des cours qui le précédent, quand il y en a, afin de ne pas uniformiser les réalisations. Des « prélavages » compris comme des essais d’installation, avant de choisir la version la plus en phase avec des intentions, seront peut-être utiles quelques jours avant l’étendage le jour « J ».

Toutefois, la performance peut s’entendre aussi comme le fait d’aller au-delà de ses pratiques habituelles ou le fait de tout réaliser en improvisant. L’art participatif, c’est-à-dire celui qui sollicite la participation de chacun(e) est, en effet, une expérience à vivre.

Oeuvre de Kara Walker

  Une œuvre multimédia

  Enfin, La Grande Lessive® ne se limite pas à des fils et des pinces à linge avec des réalisations de format A4. Vous êtes en train de lire ce texte grâce au numérique. Ce site est notre atelier partagé. Des documents peuvent y être téléchargés pour témoigner de votre installation. Pensez à utiliser les réseaux sociaux, organiser des vidéo-conférences pour échanger vos expériences, réaliser des vidéos et à photographier, en vue de faire exister votre « Grande Lessive ».

  Pensez également à inscrire votre collectif !

© J .G., La Grande Lessive®, novembre 2018.

Installation Rashad Alakbarov