Les pistes de travail complètent, avec les repères, l’invitation adressée à tous à l’occasion d’une Grande Lessive®. Dans un premier temps, l’exploration individuelle et collective du libellé de l’invitation ouvre un champ très vaste. Vient ensuite la nécessité d’effectuer des choix en vue de concevoir une réalisation à exposer. Entre anticipation et évaluation, les pistes aident à définir une approche singulière. Elles ne sont ni des modèles à suivre tels quels ni à prescrire. Réservées à un usage personnel, ces pistes sont régies par la propriété intellectuelle. Toute diffusion sur tout type de support (site, document de stage, etc.) doit faire l’objet d’une convention avec l’association La Grande Lessive® et d’une rétribution.

 

Qu’est-ce qu’une piste ?

Une piste permet de passer de l’inaction à l’action, de l’absence de pratique à l’amorce d’une démarche artistique. Elle offre un support à la réflexion, oriente des recherches. Si les réalisations conçues pour la prochaine « Grande Lessive » venaient à se ressembler au sein d’un même collectif, si les références artistiques conduisaient – non pas à découvrir sa propre manière de faire – mais à imiter plus ou moins maladroitement une oeuvre ou un artiste, cet état de fait serait inverse à celui attendu.

Une méthode ?

La démarche créative débute par le questionnement de l’invitation. Quels mots ? Quelle expression ? Quelles significations pour les plus jeunes ou des adultes ? Cette invitation change à chaque « Grande Lessive » afin d’investir différents registres et problématiques des arts plastiques. De la diversité des voies investies dans le respect de la proposition initiale naissent la coopération, le partage de connaissances et de compétences, de même que la portée sociale et artistique de cette entreprise collective.

Un projet coopératif ?

Il s’agit de concevoir, un même jour tout autour de la Terre, une installation artistique éphémère au moyen de fils, de pinces et de réalisations de format A4 conçues à partir d’une invitation commune. Cette installation se réalise en extérieur. Son agencement demande d’envisager l’invitation du moment, les contraintes météorologiques, techniques et de sécurité, l’intervention et le déplacement de, personnes, etc. Comme chaque réalisation individuelle contribue à une oeuvre collective issue de la coopération, le respect de l’invitation initiale est primordial. C’est pourquoi les pistes ne reformulent pas, mais la questionne.

S’intéresser à l’énoncé La couleur de mes rêves

Alexander Cozens (1717-1786), Traité de Dessin ou l’Art de la Tache, DR

La réalisation individuelle :

Une seule réalisation par personne sera suspendue à un fil le jour « J ». Toutefois, il est souhaitable d’en concevoir plusieurs avant d’en choisir une à exposer. Cette élaboration permet de se détacher des représentations immédiates pour explorer de nouvelles pistes et contribue à l’apprentissage.

En vue d’y parvenir, il y est indispensable de se demander ce que signifie La couleur de mes rêves sans modifier cet énoncé. En effet, le projet de La Grande Lessive® consiste à agir à partir d’un énoncé commun quels que soient son genre, son âge, ses compétences ou handicaps, sa condition sociale, son lieu d’habitation. Certains termes seront à clarifier (« rêve », « couleur »), mais l’énoncé ne pourra pas être changé.

Dans La couleur de mes rêves, il y a « rêves » et « couleur », mais aussi un point de vue : ce sont « mes » rêves et non des rêves en général dont il est question. Par conséquent, à chaque personne de définir la couleur et les formes de ses rêves : abstraites ou figuratives, avec ou sans rêveur, la nuit ou bien le jour… Aucun rêve ne ressemblant à un autre, aucune réalisation ne ressemblera à une autre…  L’animatrice ou l’animateur d’un collectif ou atelier n’a pas le droit d’imposer un modèle à d’autres personnes (adultes ou non), car on n’impose pas ses rêves ! Son intervention a pour objectif de favoriser des pratiques artistiques et l’expression la plus singulière possible, sans chercher une formule, un procédé, une apparence et une couleur qui vaillent pour plusieurs personnes.

Martial Raysse (1936), série Specula, 1977, DR

L’installation collective :

Dès le départ, l’installation collective en plein-air de ces réalisations de format A4 sur des supports en papier doit être prise en considération. Où et comment installer les fils en fonction des lieux et de l’invitation La couleur de mes rêves ? Comment anticiper les intempéries sans placer les réalisations dans des pochettes plastiques inesthétiques rappelant les classeurs d’école bien éloignées du rêve ? Comment faire des alliés de la pluie, du vent et du soleil dans un projet artistique ou, à défaut, comment conserver des traces des réalisations en fabriquant des doubles, en les photographiant, etc. pour éviter de déplorer d’éventuels dégâts suite à la pluie ? La Grande Lessive® propose l’expérience des différentes phases de la démarche de création, il est de ce fait important d’aller de la conception à la réalisation, puis de l’exposition à la réception des réalisations et à leur conservation ou non.  Voir l’abécadaire

Megan Geckler, installation A million things that make your head spin, Sydney, fils de couleur, 2016- 2017, DR.

La conception et la réalisation de l’installation est aussi importante que le temps dédié à l’élaboration de réalisations individuelles. En outre, il est possible que des personnes peu à leur aise lors d’une réalisation individuelle, le soit davantage dans le montage d’une installation collective et y puise l’énergie créative dont elles ont besoin par ailleurs.

La couleur de mes rêves peut ainsi donner des idées d’installation en plein air ne ressemblant pas aux étendages conçus pour d’autres « Grandes Lessives » (Tous des oiseaux, Jardins suspendus, etc.). Il se peut même que le fait d’anticiper en premier l’installation collective éveille des idées pour des réalisations individuelles.

Gabriel Dawe, installation fils colorés, 2016, galerie Renwick du Smithsonian Art Museum de Washington, DR

Le support de la réalisation individuelle

Chaque réalisation individuelle suspendue à un fil tendu en plein-air et plein vent (sans grille ni grillage ou mur pour supports) occupera tout ou partie d’une feuille de format A4. La couleur de mes rêves peut entièrement le recouvrir ou non si c’est une apparition, une hallucination, un mirage… Elle peut éventuellement le déborder un peu si c’est un cauchemar… En effet, le rêve n’a pas de cadre comme une image photographique ou un tableau peut en avoir. Du coup, quelles limites lui donner ?

Il est possible d’intervenir directement sur le format A4 ou de réaliser une sculpture, une installation, etc. avant de la photographier et de suspendre ce cliché de format A4 sur un fil le jour de La Grande Lessive®.

Toutes les techniques sont autorisées si elles ne présentent pas de danger pour l’étendage (poids, etc.) et pour les personnes (reliefs, matériaux coupants, etc.). L’association La Grande Lessive décline toute responsabilité en cas d’accident.

José Lerma et Hector Madera, The Countess, 2012, Museum of Contemporary Art, Chicago, DR

Le point de vue

La couleur de mes rêves oblige à adopter un point de vue. Le point de vue correspond à la manière d’aborder une question : distance, angle de vision, couleur ou non, choix de techniques (dessin, peinture, collages, photomontages, photographies, poésie visuelle, image numérique, etc.). Aucun rêve ne ressemblant à un autre, y compris pour une même personne, et les moyens plastiques étant infinis, la diversité des réalisations sera recherchée.

Détail ou pas détail ?

La nuit, quand nous rêvons, il est impossible de s’attarder sur un détail. Alors, allons-nous en mettre quand nous représenterons, d’une manière ou d’une autre, la couleur de nos rêves ?

Le jour, quand nous imaginons le passé ou l’avenir, dans une fiction ou une utopie, les détails réussissent au contraire à leur donner corps.

La couleur (concrète, abstraite, expressionniste, symboliste, etc.) offre maintes approches qui vont de l’étendue colorée uniforme (monochrome) à l’étagement de nuances ou l’agencement de contrastes, avec ou sans tracés. La touche du pinceau peut apparaître ou pas. Alors, le détail porte sur la manière de faire : la « patte » !

Ordre ou désordre

Dans un rêve nocturne, l’agencement des êtres, des objets et des lieux etc. varie autant que leur taille ou leur couleur. Des disproportions peuvent apparaître, des éléments attendus disparaître, devenir flous, lointains ou trop proches en gros plan.

Le collage d’images, de couleurs, de matière peut restituer en partie le tumulte du rêve. La superposition, le caché et le montré, la transparence et l’opacité composent également des moyens plastiques utiles pour évoquer le rêve.

Nommer le rêve pour définir la couleur

Quel nom donner au rêve : rêverie, songe, fantasme, utopie, chimère, délire, désir, espérance, aspiration, évasion… et quelles couleurs attribuer aux uns et aux autres ?

Choisir la couleur, puis définir le rêve

Partir d’une ou de plusieurs couleurs, de leur configuration ordonnée ou désordonnée afin de décider du rêve ouvre une voie créative moins sujette à l’emploi de stéréotypes que celle qui fait partie d’un mot (cauchemar) pour convoquer ce que l’on entend par là !

Autre piste : rêver !

Porter attention à ses rêves nocturnes et diurnes dès maintenant en vue de concevoir une réalisation pour La Grande Lessive® du 20 octobre constitue sans doute la base de toute démarche.