Qu’est-ce qu’une piste ?

 

Une piste permet de passer de l’inaction à l’action, de l’absence de pratique à l’amorce d’une démarche artistique. Elle offre un support à la réflexion, oriente des recherches. Si les réalisations conçues pour la prochaine « Grande Lessive » venaient à se ressembler au sein d’un même collectif, si les références artistiques conduisaient – non pas à découvrir sa propre manière de faire – mais à imiter plus ou moins maladroitement une oeuvre ou un artiste, cet état de fait serait inverse à celui attendu ici.

En effet, entre anticipation et évaluation, les pistes aident à définir une approche singulière. Elles ne sont ni des modèles à suivre tels quels ni à prescrire. Réservées à un usage personnel, ces pistes sont régies par la propriété intellectuelle. Toute diffusion sur tout type de support (site, document de stage, etc.) doit faire l’objet d’une convention avec l’association La Grande Lessive® et d’une rétribution.

Une méthode ?

 

La démarche créative débute par le questionnement de l’invitation. Quels mots ? Quelle expression ? Quelles significations pour les plus jeunes ou des adultes ? Cette invitation change à chaque « Grande Lessive » afin d’investir différents registres et problématiques des arts plastiques. De la diversité des voies investies dans le respect de la proposition initiale naissent la coopération, le partage de connaissances et de compétences, de même que la portée sociale et artistique de cette entreprise collective.

 

Un projet coopératif ?

 

Il s’agit de concevoir, un même jour tout autour de la Terre, une installation artistique éphémère au moyen de fils, de pinces et de réalisations de format A4 conçues à partir d’une invitation commune. Cette installation se réalise en extérieur. Son agencement demande d’envisager l’invitation du moment, les contraintes météorologiques, techniques et de sécurité, l’intervention et le déplacement de, personnes, etc. Comme chaque réalisation individuelle contribue à une oeuvre collective issue de la coopération, le respect de l’invitation initiale est primordial. C’est pourquoi les pistes ne reformulent pas, mais la questionne.

Photo Éric Tabuchi Nelly Monnier, Samoëns Faucigny (Auvergne-Rhône-Alpes), DR

Qu’est-ce qu’une cabane ?

Toute démarche artistique débute par un questionnement : que faire ? comment ? à partir de quoi ? De ce fait, « Ma cabane et-est la tienne » donne prise à des échanges entre les participants et à des réflexions individuelles autour d’un mot clé : « cabane ». L’origine de ce mot, sa définition et ses synonymes aident à saisir images et souvenirs capables de favoriser la conception de votre cabane. Toutefois, la réalisation d’un reportage graphique ou photographique afin d’identifier les cabanes érigées dans son quartier, sa ville et ses environs, constitue également une méthode complémentaire pour définir ce que c’est, et s’interroger de façon concrète. En effet, additionner les cabanes ou les partager n’est pas pareil !  » Ma cabane et la tienne » donne deux cabanes,  » Ma cabane est la tienne » une seule.

Pour documenter ces reportages, la démarche d’Eugène Atget (1857-1927) à Paris et ses banlieues et celle d’Éric Tabuchi qui réalise aujourd’hui L’Atlas des régions de France, témoignent avec d’autres de l’évolution du bâti, des manières d’y vivre ou de l’abandonner.

Le mot cabane vient de l’occitan cabana (« cabane, chaumière »), du bas latin capanna, du gaulois (cf. breton koban (« auvent, baraque »), de cappa (cf. gallois cab (« lit de camp, tente »), moyen irlandais cap (« charrette, bière »). Une cabane est une construction destinée à servir d’abri temporaire, saisonnier ou provisoire à des personnes, des biens ou des activités, par opposition à la maison qui sert d’abri permanent.

Ses synonymes sont abri, asile, baraque, cabanon, cahute, carbet, case, casemate, chaumière, hutte, loge, maisonnette, masure, paillote, refuge…Dans un langage familier, la cabane devient la bicoque. Dans une version populaire : la cambuse, le gourbi. Selon les régions, son aspect, ses fonctions et son appellation changent.

Les cabanes que l’on connaît

Les mots prennent sens avec des images. Se souvenir de cabanes rencontrées durant sa vie et les décrire facilite l’invention de cabanes. Plus des précisions seront apportées oralement, plus les représentations plastiques (dessins, modelages, collages, etc.) s’enrichiront. Où était cette cabane ? En quoi était-elle construite ? Quelle était sa taille ? À quoi servait-elle ? Comment était l’intérieur ? Par conséquent, plus l’observation et la mémoire seront sollicitées, plus l’imagination se développera. Pour parfaire cette étape, il s’agira de jouer à combiner les cabanes, à en changer les proportions, les matériaux, les implantations, les destinataires, etc.

Découvrir des cabanes : de la plus petite à la plus grande

Termitières, Litchfield National Park, Australie, DR

L’univers animal permet d’observer maintes constructions immenses ou minuscules rappelant la cabane. Des barrages édifiés par les castors aux logis d’écureuils, les exemples abondent. En général, ces abris sont destinés à une seule famille. Pour questionner « Ma cabane et-est la tienne » et ses dimensions sociales, d’autres situations sont de ce fait utiles. Les fourmis construisent des colonies souterraines et les termites façonnent des monticules de terre durcie pour abriter plusieurs millions d’individus.

Planche de nids d’oiseaux, Larousse, DR

Les oiseaux utilisent également la terre pour construire leur nid, mais aussi tous les matériaux qu’ils trouvent : brindilles, herbe, paille, plumes et désormais, morceaux de laine ou de coton ou plastique ! Certains savent « coudre » des feuilles entre elles. Tous choisissent l’emplacement le plus adapté à leur mode de vie : arbre, roseau, gouttière, carcasse de voiture, poteau électrique…

Nid de républicains sociaux sur un poteau électrique, DR 

Ces observations ouvrent des pistes pour imaginer des cabanes destinées à nous-mêmes et à nos semblables, en apprenant la pratique du détournement si fertile en arts plastiques.

La plus grande cabane du monde a été imaginée par Horace Burgess dans le Tennessee (U.S.A.). Elle comporte treize étages, une chapelle, des balcons… Elle occupe 1 300 mètres, soit six arbres, outre l’énorme chêne des débuts. « C’est une seule pièce de bois, explique-t-il. Chaque partie est clouée à la suivante. Avec trois ou quatre clous là où on n’en mettrait qu’un dans une maison ordinaire. »

L’arbre-cathédrale construit par Horace Burgess, Tennessee (U.S.A.) DR

La plus petite est peut-être celle que nous construisons, enfant ou pas, avec le contenu d’une chambre… En variant la taille de la cabane, de la plus grande à la plus petite, inventons-en plusieurs.

Hôtel des Vosges Strasbourg, Chambre 66, Nuit du 13 mars 1999, Florian Slotawa, DR

Des mots pour construire des cabanes

Pour parler des cabanes, en construire ou en représenter, des verbes sont indispensables. En voici quelques-uns : construire, bâtir, édifier, élever, ériger… Pour trouver des idées, il est tout aussi pertinent de partir de leurs contraires pour en imaginer : démolir, abattre, ruiner, raser, détruire…

Cornélia Parker, Cold Dark Matter, An Exploded View, 1991, DR

Comme avec les souvenirs, plus des détails seront recherchés, plus des options concrètes de réalisation surgiront. Ainsi, pour construire, il est envisageable d’assembler, associer, tisser, nouer, dénouer, attacher, lier, tresser, ajuster, couper, découper, coller, raboter, clouer, scier, etc.
Après le recensement des types de cabanes, la recherche de verbes provoque le surgissement de solutions techniques, d’hypothèses et d’envies pour les bâtir en vrai ou les représenter, c’est-à-dire les rendre présentes au moyen de toutes sortes d’images, maquettes, etc. Le vocabulaire des arts plastiques et de l’architecture va également aider à leur donner forme : esquisse, plan, coupe, maquette, échelle, légende, note d’intention, etc… Ensuite, il se confirme décisif de commencer à faire pour trouver de nouvelles pistes. Par conséquent, le temps laissé à la recherche est primordial pour la qualité de la réalisation et sa singularité. Rappelons que sur les fils de La Grande Lessive® chaque réalisation doit se différencier des autres et ne peut se limiter à la duplication d’un modèle imposé par un tiers.

Un lieu pour implanter sa cabane

Choisir l’emplacement de sa cabane est décisif pour définir sa taille, sa forme, son orientation, son agencement, les matériaux à utiliser, son apparence, ses fonctions… Sur un pic rocheux en pleine mer, au bord d’une falaise, dans un désert caillouteux ou sablonneux, dans un marais ou sur une prairie verdoyante, sur un sol de béton plat ou morcelé, dans la nature ou sous un pont, etc. les matériaux trouvés, les solutions techniques, les fonctions et les apparences ne sont pas les mêmes. De ce fait, il est possible de débuter par l’invention d’une cabane, puis de jouer à varier ses lieux d’implantation pour imaginer des versions adaptées à de nouvelles contraintes.
En prévision de La Grande Lessive®, une installation faite de fils tendus dans une cour de récréation, sur une place, dans un parc, etc. offrira l’occasion de concevoir une cabane monumentale à plusieurs en coopérant. Où la mettre ? Quelles dimensions lui donner ? Comment la faire tenir ?

Cabane accrochée à la montagne, Vallée sacrée, Cuzco, Pérou, DR.

Des matériaux pour construire sa cabane

L’histoire de Robinson Crusoé naufragé sur une île, celle des Trois petits cochons ou la démarche du Facteur Cheval collectant des pierres au hasard de sa tournée quotidienne, témoignent de l’intérêt de partir d’un matériau pour imaginer un abri. Les bûcherons, les charbonniers ou les gemmeurs faisaient de même dans la forêt. Les oiseaux agissent également ainsi. Regardons autour de nous afin de récupérer des éléments propices à une construction. Sans arbre ni bois, la cabane devient igloo pris dans les glaces du pôle. Afin d’être transportable, elle se transforme en tente, en tippi ou en yourte grâce au tissu…

Les représentations graphiques, numériques, photographiques ou cinématographiques permettent de construire sans se soucier des matériaux dont nous disposons en réalité. Nous pouvons inventer des cabanes en nuages, en mots, en sons ou en sucreries… Puis, afin de préparer La Grande Lessive® du 23 mars, nous pouvons bâtir une cabane monumentale en fils tendus et en réalisations de format A4 maintenues à l’aide de pinces à linge.

Une cabane de cinéma conçue par Agnès Varda, 2018, DR

Une forme pour « ma cabane et-est la tienne »

Partir d’une forme géométrique (cercle, carré, hexagone, etc.) ou non (une feuille, un caillou, un poisson, etc.) ou d’un volume (la sphère, le cube, etc.) pour concevoir sa cabane multiplie et diversifie ses apparences, de même que les matériaux et les solutions techniques à utiliser. Pourquoi ne pas essayer une multitude de pistes ?

Dessins préparatoires d’Absalon pour cell5, DR

Toutefois, la forme de la cabane dépend surtout de son ou ses destinataires, et de ce fait de ses fonctions. Si « Ma cabane est la tienne » elle n’aura pas la même apparence que si tu construis une cabane pour toi et moi pour moi ! Si cet abri doit accueillir plusieurs personnes ou a été conçu pour personne seule ou pour ne jamais être habité par qui que ce soit, il n’occupera pas le même espace, peut-être pas le même emplacement, et ses matériaux changeront…Explorer toutes les options de partage de l’habitat et de sa co-construction facilite l’invention de formes inédites.

Voir et être vu ou non

Des fenêtres seront-elles percées dans cette cabane afin de voir ou d’être vu ? Sera-t-elle dissimulée en poste d’observation à la manière des constructions conçues dans des zones de protection des animaux ? Vers quel point de vue ouvrira-t-elle ? Pour choisir une solution, essayons-en plusieurs avant !

Cabane de Nick Olson et Lilah Horwitz, Virginie Occidentale, 2020, DR

Pour qui cette cabane est-elle bâtie ?

« Ma cabane et-est la tienne » pose la question de la destination de cette cabane. Pour qui est-elle bâtie ? Est-ce pour la personne qui la conçoit ? Est-elle ouverte à d’autres ? Est-elle imaginée à des fins artistiques sans tenir compte de son usage ? Chaque « Grande lessive » interroge, en effet, autant des pratiques sociales que des démarches artistiques. Passer en revue des personnes ou personnages pouvant habiter la cabane aide à concevoir d’innombrables versions. Partir de situations réelles donne également prise à l’invention : le camping, la recomposition d’une famille, etc. Concevoir une cabane sur un support A4 et imaginer en groupe une cabane faite de fils pour y suspendre La Grande Lessive® représente une expérience unique. Tentez-là !

UFO Treehouse conçu par Bertil Harström, DR