Haut l’école !

invitation pour La Grande Lessive® du 18 mars 2027

Jonas Wood (1977-), Self-Portrait with Home Depot Cart, 2024, DR

Une invitation

Depuis 2006, l’école constitue l’un des territoires majeurs de La Grande Lessive®. Elle y est devenue un rendez-vous attendu. Son nom y est connu, son dispositif de fils tendus et de pinces à linge aussi, tandis que le temps d’une journée, ses étendages la métamorphosent. Elle en compose ainsi le cadre, mais également l’un des creusets, dans la mesure où quelques pas en direction des arts y sont tentés afin d’éveiller la singularité et sonder ce qui a été déjà appris ou reste à apprendre, ensemble.

L’école n’est jamais hors champ d’une Grande lessive, car son empreinte marque les conceptions et les conduites des adultes. Au sein de cette manifestation intergénérationnelle d’art participatif et citoyen, l’invitation « Haut l’école ! » s’adresse, par conséquent, à toutes et tous : nous avons matière à élaborer une réalisation et nous découvrirons l’intérêt d’échanger nos expériences, nos pratiques, nos attentes et nos rêves.

Une exploration

Commençons par nous demander si toutes les écoles se ressemblent. Recherchons la plus haute, celle bâtie sur l’eau, la plus écologique, la plus ceci, la moins cela…
Une recherche sur le Net nous conduira à travers la planète et les époques en vue de transformer ignorance en connaissances et les idées toutes faites en désirs d’invention.
Nous avons trouvé quelques écoles, mais il en reste une infinité d’autres ! Cette recherche éduquera notre regard et attisera notre imagination. Alors, sans perdre de temps, associons une école à un lieu facile ou non d’accès, habituel ou étrange, et représentons-la ! Et n’oublions pas de repenser l’école en fonction du climat, comment y avoir chaud en hiver, mais pas trop en été ?

Un musée à partager

1 Une école dans l’école :

Selon les époques et les régions du monde, l’école possède des réalités différentes. La Grande Lessive® offre l’occasion d’évoquer des histoires et des actualités unies par certains aspects et distinctes par d’autres.

En France, la scolarité est aujourd’hui obligatoire jusqu’à seize ans. Le passé, l’actualité et le devenir de l’école repose, de ce fait, sur sa connaissance pratique. Toutefois, selon les périodes de l’histoire et les régions, les établissements, les classes, les méthodes, les usages, le matériel, les vêtements, etc. n’étaient pas les mêmes. Échanger à partir de vécus différents permet ainsi de documenter ce qu’est l’école dont il sera question en photographie, dessin, peinture, collage, etc. Des mots et des chiffres peuvent  s’intégrer à ces réalisations, tant le lire, écrire et compter y occupe une place  déterminante.

  • Demander à tous les parents et grands-parents de collecter des objets, des cahiers, des livres scolaires, etc. qu’ils ont eux-mêmes utilisés à l’école. Si ces documents n’existent plus, des images trouvées sur le Net, puis imprimées, pourront être commentées et caviardées, c’est-à-dire modifiées en ajoutant ou retirant certains éléments.
  • Demander aux élèves actuels ce que faudrait exposer dans un tel musée.
  • À toutes les générations, demander quoi mettre dans un musée d’école de 2126, soit dans cent ans.

Règlement intérieur à l’école en 1900, DR

Statistiques INS-Sofres, période actuelle, DR

Ce musée sera visible le jour de La Grande Lessive® grâce aux réalisations de format A4    suspendues à des fils (photos, dessins, collages, peintures, etc.), mais également au moyen de l’exposition d’objets. Il peut en plus avoir une existence numérique, comporter des témoignages audios et des vidéos présentées dans une salle comme c’est le cas dans une exposition afin de documenter une visite.

Toutefois, dans une école, où situer ce musée et comment le présenter ? Mettre l’école dans une école revient, en effet, à effectuer une mise en abyme, c’est-à-dire à utiliser un procédé artistique qui consiste à inclure une œuvre à l’intérieur d’une œuvre similaire, une image dans une image ou un récit dans un récit.

Lignes copiées par un élève inconnu en guise de punition
pour une faute qui se devine, DR

Toutefois, dans une école, où situer ce musée et comment le présenter ? Mettre l’école dans une école revient, en effet, à effectuer une mise en abyme, c’est-à-dire à utiliser un procédé artistique qui consiste à inclure une œuvre à l’intérieur d’une œuvre similaire, une image dans une image ou un récit dans un récit.

2 L’école hors de l’école :

  • Que se passerait-il si cette école réinventée était installée dans une forêt, sur une place de village ou dans un autre lieu inhabituel ?
  • Il existe des écoles au sein d’hôpitaux, des classes improvisées sous des tentes après des séismes ou des conflits armés, des classes sur des îlots ou en haute montagne. Comment fonctionnement-elles ? Que faut-il « pour faire école » ? L’invitation « Haut l’école ! » permet de poser de multiples questions et d’imaginer une école souterraine, sur une autre planète, etc.
  • Un musée de l’école hors de l’école conçu par des personnes n’ayant plus l’âge de la fréquenter sera-t-il semblable à celui réalisé par des élèves, leurs enseignants et leurs parents ? Rien n’est moins sûr ! Profitons de cette aubaine pour en inventer toutes sortes en sollicitant des personnes issues de centres sociaux, musées et centres d’art, médiathèques, lieux de longs séjours pour personnes âgées, lieux de soins, etc

3 L’école vue par celles et ceux privés d’école :

  • L’école vue par celles et ceux qui en ont été privées ou qui en sont privés donne à penser ses fonctions. Pourquoi ne pas aller vers eux pour les inventer à concevoir des réalisations. Ensemble, décidez de leur présentation au sein du musée de l’école : les intégrer, les inclure, les exposer à part, en matérialisant ainsi leur exclusion effective ?
  • Dans un tel contexte, les fils utilisés pour l’étendage des réalisations peuvent symboliser des parcours qui convergent ou divergent, se forment en parallèle ou en commun… Des mots (orientation, etc.) employés pour évoquer la sortie de l’école peuvent aider à travailler la signification de son implantation, à choisir la densité, la hauteur et la longueur des fils, à définir leur trajectoire au sein de l’école et en dehors pour donner une dimension artistique à cette installation.

Un musée à visiter :
le musée national de l’Éducation

L’invention d’un musée dans une école, un collège ou un lycée, permet de faire l’état des lieux des composantes d’un musée, autant que celui des connaissances et des vécus liés à son objet : l’école.

Si dans un premier temps, la mise en commun de toutes les informations, propositions et pistes se vérifie bénéfique et indispensable, les choix imposés par une réalisation obligent à visiter un musée, voire plusieurs musées, afin d’en recenser les éléments constitutifs : projet, histoire, entrée, signalétique, cartels, circulations, cimaises, vitrines, types d’œuvres, accueil, médiation, sécurité…

Il existe toutes sortes de musées : art, histoire naturelle, marine, chocolat, clé… Par conséquent, il en est un centré sur l’éducation. Pourquoi ne pas le visiter à distance via son site ou en se rendant sur place ? Ces visites éveilleront souvenirs ou questions et stimuleront l’imagination.

Reconstitution d’une classe au début du 20e siècle en France, Musée national de l’Éducation, Rouen, DR

Héritier du musée pédagogique de l’État créé à Paris par Jules Ferry en 1879, le musée national de l’Éducation (Munaé) est un service du Réseau Canopé. Il s’attache à recueillir les traces matérielles et immatérielles ainsi que les représentations relatives à l’éducation scolaire et familiale, en France et dans ses anciennes colonies, depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours. Avec plus de 950 000 objets et documents, les fonds du Munaé constituent la plus importante collection de patrimoine éducatif en Europe. Il est le sixième musée en France en termes de volume de collections.

Musée scientifique national et musée de France, le Munaé est gratuit et dispose d’une double implantation dans Rouen. https://www.munae.fr

« De mon temps… »

C’est souvent par cette expression que débute l’évocation de l’école. La comparaison entre ce qui existe et ce qui a été se vérifie ainsi l’une des approches les plus pratiquées. Utilisons-là afin de concevoir des réalisations !

Recherchons des illustrations de livres scolaires, des cartes de géographie, des carnets de notes, des photographies de classe, etc. anciens et récents. S’il s’agit d’originaux, photographions-les avant d’imprimer l’image que nous choisirons de caviarder : masquons ce qui serait interdit aujourd’hui ; ajoutons ce qui serait indispensable de nos jours ; etc.

Mathurin Boscher (instituteur en Bretagne)
Méthode de lecture Cp-Ce1 ou la journée des tout petits, 1901, DR

Explorons aussi l’architecture des établissements : en France, l’école installée dans l’enceinte d’une mairie ou celle conçue selon des plans normatifs, cède quelques fois la place à des créations faisant date telle l’école démontable conçue par Jean Prouvé.

Bray-sur-Somme, plan de la maison d’école et de la mairie, 1878, archives départementales de la Somme, DR

Jean Prouvé (1901-1984), École provisoire de Villejuif, 1956

Jean Prouvé (designer) et Henri Prouvé (architecte), École primaire de Vantoux ouverte en 1951, DR

Les murs de l’école

  • En peinture, photographie ou maquette, réalisez des paysages de l’école (salle de classe, escalier, cour, gymnase, etc.). L’artiste Thomas Demand réalise une maquette donnant l’illusion d’un lieu avant de la photographier. Seule cette image sera exposée laissant le spectateur face à une image réaliste d’un lieu qui n’existe pas. Pourquoi ne pas partir de lieux peu regardés à l’école (des couloirs, des recoins, des placards, etc.) pour les donner à voir autrement en empruntant sa démarche ou pour aller plus vite en les photographiant et en changeant leurs couleurs avant ou après l’impression de l’image ?

Thomas Demand (1964-), Clause V, 2006, MOMA, DR

  • La porte, les murs ou les grilles d’enceinte sont les premiers à être vus ou les derniers quand on arrive ou suite l’école, quelles images en donner ?
  • En dessin, peinture, photographie, collage, etc. imaginez l’école dans cent ans, 500 ans ou davantage.
  • Imaginons des écoles : l’école idéale, l’école du futur, l’école de la magie, l’école des fantômes, l’école de la gourmandise, l’école des plantes et des fleurs, etc.

La devise de l’école au fronton de l’école : « Liberté Égalité Fraternité »

À partir de cette devise, inventez une réalisation : photographiez, commentez, illustrez…

Les accessoires de l’école

  • En peinture ou photographie, réalisez des portraits d’objets de l’école : une chaise, une table, une porte, une corbeille, etc. Cette démarche reprend une situation traditionnelle de l’apprentissage de la peinture à l’école : un même objet présenté sur une sellette doit être représenté par chaque élève. Toutefois, l’intention est différente. Chaque personne (adulte ou non) choisit un objet avant d’en réaliser un portrait, c’est-à-dire une représentation singulière, sans en faire une nature-morte et sans toujours rechercher la ressemblance.
  • Faites des collections de petits objets familiers (gommes, de crayons ou stylos). Agencez-les sur un format A4 avant de les photographier, de les dessiner ou de les photocopier… La collection choisie sera exposée sur le fil de La Grande Lessive®, les originaux pourront être exposés ailleurs, pourquoi pas dans une vitrine avec des cartels expliquant ce qu’ils sont et leur histoire.

Auteur inconnu, Gommes, DR

  • Choisir un objet (cartable, table, chaise, tableau, etc.) avant d’imaginer des améliorations pour tout de suite ou ses mutations futures.
  • De nos jours, le tableau noir et la craie disparaissent au profit d’autres médias. Cependant, le tableau évoque encore l’art de la peinture par son nom, mais aussi par les regards qui convergent vers lui. Pourquoi ne pas s’y intéresser sous cet angle ? Imaginons que des artistes aient été ou soient enseignants, qu’écriraient-ils ou dessineraient-ils sur un tel tableau ? Lancez-vous : utiliser un véritable tableau avant de photographier tout ou partie de votre création et de l’exposer sur format A4 le jour de La Grande Lessive® !
  • L’école n’existait pas durant la préhistorique et à bien d’autres périodes historiques. Cependant, notre imagination et nos connaissances aideront à inventer l’école, dans notre pays ou dans d’autres régions du monde, à cette époque-là ou à d’autres : quel équipement « scolaire », quelle méthode, quel lieu pour l’école, quel environnement, quel règlement, quels sujets d’études ?
    Il est souhaitable d’effectuer quelques recherches avant de concevoir une réalisation proche de l’histoire ou, à l’inverse, introduisant des anachronismes. Il également envisageable de remonter le temps avec méthode.
  • Imaginez des vestiges de l’école retrouvés par des archéologues. Il peut s’agir de fouilles actuelles ou d’une recherche effectuée dans mille ans pour retrouver une école de 2027.

Les vrais-faux devoirs

    • Le devoir en lui-même peut se transformer en sujet. Dans la série des 400 chapeaux principalement exécutée par Gérard Gasiorowski au cours de l’année 1976, l’artiste agit ainsi. Dans cette œuvre satirique, chaque chapeau représente de manière fictive la production d’un élève de son académie imaginaire l’Académie Worosis Kiga, visant à tourner en dérision le fonctionnement et les mécanismes de reproduction du monde de l’art. Chaque « devoir » comporte annotation et tampon.
      Imaginez une réalisation de format A4 ayant l’apparence d’un devoir (quel qu’en soit la matière) en associant le mot et l’image.

Gérard Gasiorowski (1930-1986), Cours par correspondance, Prétendant n°10 Dan Graham,
Peinture acrylique sur papier 22 x 16 cm, 1976, Centre Goerges-Pompidou, Paris, DR

Les élèves

  • Faire le portrait d’élèves du futur. Imaginez leurs accessoires scolaires, leurs moyens de déplacement, etc.
  • Faire des photos de classes (en respectant le droit à l’image des personnes) en variant les époques, les vêtements, coiffures et accessoires, les comportements, etc.
  • Faire le portrait de l’élève que nous étions en rentrant pour la première fois à l’école.

Christian Bolstanski (1944-2021), « Les écoliers d’Oiron », installation photographique au Château d’Oiron, France, 1993-2000,DR

Marlène Dumas (1953-), The Teacher (Sub A), 1987, huile sur toile, 160 x 200 cm, DR

Les invisibles

Qui est-ce qu’on ne voit pas à l’école ? Certains élèves, certains personnels, les parents, la peur d’apprendre, etc. ? À partir de cette question, imaginez une réponse visuelle.

Les incontournables

L’entrée et la sortie de l’école, la cloche ou la sonnerie, la mise en rang, la récréation et ses jeux, la cantine, les toilettes, la visite médicale, l’examen, le cours de gym, etc. composent des marqueurs de l’école. Comment les représenter ? Photographions-les, dessinons-les pour les documenter, pour en rire, etc.

La vie de l’école sans élèves

Imaginez la vie de l’école la nuit quand personne n’est là.
Imaginez une école à jamais désertée et vide : une école fantôme.

Une école sans élèves n’en est plus une, imaginez-là plutôt grouillante de vie et heureuse !