Une sélection restreinte de repères est proposée ici afin de susciter réflexion et création. Avant de les découvrir, la lecture de l’invitation est conseillée pour leur donner du sens. En effet, les repères témoignent de l’histoire de connaissances, de pratiques, d’usages et de créations utiles à l’invention plastique. Circuler entre pistes et repères favorise la mise au point de projets attentifs à l’invitation de La Grande Lessive®, de même qu’à vos choix artistiques personnels.

 

Rêve et couleur parcourent l’histoire de la peinture à toutes les époques, bien que le romantisme, le symbolisme et le surréalisme multiplient les représentations de l’inconscient depuis près de deux siècles. Les repères disposés ici ne tentent pas de retracer ce cheminement, mais de stimuler la curiosité en vue de s’engager dans l’exploration de la couleur de nos rêves. D’ailleurs, sont-ils toujours les mêmes et de quelles couleurs sont-ils ?

Écouter et rêver

La Gradiva, celle qui marche, bas-relief, musée Chiaramonti, Vatican, Rome, DR

Gradiva, longue nouvelle publiée en 1903 par l’écrivain allemand Wilhelm Jensen, connut une grande postérité au sein de la culture européenne au XXè siècle. C’est l’histoire de Norbert Hanold, jeune archéologue envoûté par un bas-relief antique d’une « femme qui marche ». Cette jeune fille de pierre à la démarche inimitable a fasciné Carl Jung, puis Sigmund Freud qui lui consacre un essai en 1906 (Dérives et rêves dans la Gradiva de W. Jensen). André Breton, Dali et les surréalistes en firent leur effigie.

Jensen raconte comment un archéologue allemand, Norbert Hanold, se procure un moulage en plâtre d’un bas-relief qu’il a beaucoup admiré au musée Chiaramonti, un musée du Vatican, et comment, après avoir accroché la sculpture dans son bureau, il cherche à percer le mystère de la marche de la femme représentée, qu’il surnomme Gradiva — en latin, « celle qui marche en avant », forme féminine du surnom Gradivus donné au dieu Mars. Quelque temps après, Norbert Hanold fait un rêve dans lequel il se trouve à Pompéi lors de l’éruption du Vésuve en 79. Il aperçoit Gradiva, sans toutefois parvenir à l’avertir de l’imminence du danger. Profondément perturbé par ce rêve, il se rend d’abord à Rome, mais il y éprouve un fort sentiment de solitude et continue son voyage à Pompéi où il fait une rencontre inattendue, celle d’une jeune femme absolument identique à Gradiva, à qui il confie le trouble que lui fait ressentir cette ressemblance. (source : Wikipédia).

La bibliothèque nationale de France a demandé à Anna Mouglalis de lire Gradiva. Nous vous invitons à l’écouter et à rêver…

https://www.youtube.com/watch?v=FzpofdMJ6UQ

Le rêve de Dürer

Albrecht Dürer, Rêve autobiographique, 7-8 juin 1525, Kunsthistorisches Museum, Vienne, DR

Le rêve illustré et raconté par Albrecht Dürer (1471-1528) est le premier rêve autobiographique connu à ce jour.

« La nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte (7-8 juin 1525), je vis en rêve ce que représente ce croquis : une multitude de trombes d’eau tombant du ciel. La première frappa la terre à une distance de quatre lieues : la secousse et le bruit furent terrifiants, et toute la région fut inondée. J’en fus si éprouvé que je m’éveillai. Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près. Et elles tombaient de si haut qu’elles semblaient toutes descendre avec lenteur. Mais, quand la première trombe fut tout près de terre, sa chute devint si rapide et accompagnée d’un tel bruit et d’un tel ouragan que je m’éveillai, tremblant de tous mes membres, et mis très longtemps à me remettre. De sorte qu’une fois levé, j’ai peint ce qu’on voit ci-dessus. Dieu tourne pour le mieux toutes choses. » Albrecht Dürer.

L’Apocalypse

Avant ce rêve autobiographique, Albrecht Dürer en avait illustré d’autres. En particulier, dans ce premier livre publié par un artiste, entre 1496 et 1498, après son premier voyage en Italie, l’artiste réalise les quinze planches de « L’Apocalypse ».

Albrecht Dürer, Apocalypse selon Saint-Jean, Saint-Jean dévorant le livre de vie, 1496-1498, Musée de Reims, DR

À l’issue de cette période, il édite deux versions de l’ouvrage, en allemand et en latin ; une troisième version est publiée en latin en 1511, à laquelle il ajoute un frontispice. Pour cette entreprise de grande ampleur, l’artiste est à la fois dessinateur, graveur et éditeur, alliant création artistique et travail technique, ce qui est alors assez rare. Les gravures sont publiées en pleine page, sur le recto, tandis que le texte de saint Jean est présenté sur le verso ; elles sont donc conçues davantage comme des œuvres à part entière, que comme de simples illustrations. L’ouvrage rencontre un grand succès, et est très vite considéré comme un véritable chef-d’œuvre. Musée du Verger [C. Pichon, 2017]

En savoir plus : https://musees-reims.fr/oeuvre/apocalypse-selon-saint-jean-saint-jean-devorant-le-livre-de-vie

Interpréter les rêves

Raphaël, Joseph interprétant les songes de Pharaon, cycle des fresques des loges, vers 1515-1518,
Palais du Vatican, Rome, DR Erich Lessing/ AKG

Raphaël (1423-1520) fut le premier peintre à utiliser des cartouches pour représenter le songe : dans l’un des épis de blé, dans l’autre les vaches.

« Pharaon fit appeler Joseph. On le fit sortir en hâte de prison. Il se rasa, changea de vêtements, et se rendit vers Pharaon. Pharaon dit à Joseph : J’ai eu un songe. Personne ne peut l’expliquer et j’ai appris que tu expliques un songe, après l’avoir entendu. Joseph répondit à Pharaon, en disant : Ce n’est pas moi ! c’est Dieu qui donnera une réponse favorable à Pharaon. Pharaon dit alors à Joseph : Dans mon songe, voici, je me tenais sur le bord du fleuve. Et voici, sept vaches grasses de chair et belles d’apparence montèrent hors du fleuve, et se mirent à paître dans la prairie. Sept autres vaches montèrent derrière elles, maigres, fort laides d’apparence, et décharnées : je n’en ai point vu d’aussi laides dans tout le pays d’Égypte. Les vaches décharnées et laides mangèrent les sept premières vaches qui étaient grasses. Elles les engloutirent dans leur ventre, sans qu’on s’aperçût qu’elles y fussent entrées ; et leur apparence était laide comme auparavant. Et je m’éveillai. Je vis encore en songe sept épis pleins et beaux, qui montèrent sur une même tige. Et sept épis vides, maigres, brûlés par le vent d’orient, poussèrent après eux. Les épis maigres engloutirent les sept beaux épis. Je l’ai dit aux magiciens, mais personne ne m’a donné l’explication.
Joseph dit à Pharaon : Ce qu’a songé Pharaon est une seule chose ; Dieu a fait connaître à Pharaon ce qu’il va faire. Les sept vaches belles sont sept années : et les sept épis beaux sont sept années : c’est un seul songe. (…) » (Genèse, traduction de Louis Second.)

Cauchemar !

Le tableau peint par Johan Heinrich Fussli (1741-1825) semble représenter simultanément une femme rêvant et le contenu de son cauchemar. Le démon et la tête de cheval se réfèrent aux représentations et croyances de l’époque relative au cauchemar. Une interprétation sexuelle paraît néanmoins plausible aujourd’hui.

Johan Heinrich Fussli (1741-1825), La cauchemar, 1781, huile sur toile 101,6 × 127,7 × 2,7 cm, Detroit Institue of Arts, DR

Mythe et énigme

Les mythes habitent les rêves pour les doter des dimensions universelles. Les artistes symbolistes dont faisait partie Ferdinand Khnopp (1858-1921) éprouvaient une véritable fascination pour les mythes. Dans ce tableau, Khnopp associe Œdipe à un sphinx ayant l’apparence d’un guépard à tête humaine très féminine et sensuelle. Œdipe très androgyne semble rêver les yeux ouverts, le sphinx les yeux fermés paraît abandonné à la volupté de leur étreinte.

Ferdinand Khnopff, Des Caresses ou L’Art ou Le Sphinx, 1896, Huile sur toile, 150 x 50 cm
 Musée Royaux des Beaux-Arts de Belgique

Voyage dans un beau rêve

Henri Rousseau dit Le douanier (1844-1910) a écrit un poème intitulé Inscription pour Le Rêve, en marge de cette peinture, afin d’en expliquer le sens.

« Yadwigha dans un beau rêve

S’étant endormie doucement

Entendait les sons d’une musette

Dont jouait un charmeur bien-pensant.

Pendant que la lune reflète

Sur les fleuves [or fleurs], les arbres verdoyants,

Les fauves serpents prêtent l’oreille

Aux airs gais de l’instrument. »

Henri Rousseau, dit Le douanier, Le rêve, 1910, Huile sur toile, 2,04 m x 2,98 m,
Museum of Modern Art, New-York, DR

Ceci est la couleur de mes rêves

Juan Miro (1893-1983) était peu bavard et s’effaçait devant son art. Des entretiens publiés en 2004 au Seuil dans un ouvrage intitulé Ceci est la couleur de mes rêves, il parle de sa démarche. Comme dans un rêve, nous vous laissons face à l’énigme de cette peinture-poème où « Photo » précède « ceci est la couleur de mes rêves ».

Juan Miro, Ceci est la couleur de mes rêves, huile sur toile, 96,5 x 129,5 cm,
The Metropolitain Museum of Art, New-York, DR.

Est-il possible de photographier un rêve ?

Peter Fischli & David Weiss, Quiet afternoon, photographie d’objets en équilibre, 1984-85, DR

De quelles couleurs sont nos rêves ?

Penique-productions, Bathroom, Installation, 2009, Nottingham Trent University, Nottingham, UK, DR

Katharina Grosse, Rockaway, 2012, (Transformation d’un site de sports nautiques en oeuvre d’art), DR

Pierre Soulages, Peinture 181×244, 25 février 2009, triptyque, acrylique sur toile, DR