Une sélection restreinte de repères est proposée ici afin de susciter réflexion et création. Avant de les découvrir et pour leur donner du sens, la lecture de l’invitation est conseillée. En effet, les repères témoignent de l’histoire de savoirs, pratiques et créations utiles à l’invention plastique. Circuler entre les pistes et les repères favorise ainsi la mise au point de projets attentifs à l’invitation de La Grande Lessive®, de même qu’à vos choix artistiques personnels.

 

Le mythe de la cabane

L’architecte romain Vitruve (premier siècle avant J.C.) décrit dans son second livre, la naissance de l’architecture, soit la construction du premier abri humain qui dépendait des éléments de la nature trouvés sur place. Vitruve imagine des huttes végétales, des grottes rupestres, des huttes de terre… Il ne reste rien des huttes végétales. Seules des traces de foyers peuvent être étudiées. Quelques cavités dont celles de Lascaux donnent seulement un aperçu des grottes rupestres. En revanche, le procédé de construction des huttes de terre est encore utilisé de nos jours au Mali.

Proposition de reconstitution d’une habitation de Pincevent d’après la répartition spatiale des vestiges archéologiques, DR

Un habitat traditionnel

De nos jours, la cabane demeure une habitation traditionnelle dans de nombreuses régions du monde. La déforestation et l’urbanisation menacent cependant de nombreuses populations, entre autres, en Amazonie, Afrique et Asie. Le peuple Korowai qui vit dans les îles indonésiennes, est surnommé le Peuple des Arbres Depuis plusieurs siècles, il construit des huttes perchées sur des banians. Ces habitations s’élèvent jusqu’à une hauteur de 35m. Elles sont conçues pour une famille d’environ dix personnes et ses animaux domestiques. Ces cabanes épargnent les rencontres avec des animaux sauvages, permettent de se protéger des moustiques qui ne volent pas si haut et de voir arriver les ennemis de loin.

Cabane Korowai, Indonésie, photo Paul Raffaele/REX, DR

Dans l’art des jardins

À la Renaissance, en Europe, les cabanes dans les arbres connurent leur premier âge d’or. Les jardins de la famille Médicis s’agrémentaient de constructions dans les arbres pour surprendre et ravir les visiteurs. Dans leur villa à Pratolino, un escalier à colimaçon donnait accès à une plateforme installée au sommet d’un grand chêne où les Médicis recevaient leurs invités autour d’une fontaine qui aspergeaient toutes les personnes présentes si on l’actionnait.

Stefano Di Bella, Vues de la villa de Pratolino, 1653, conservée au Met Museum, DR

À la même époque, les jardins anglais se parent de cabanes perchées. Lord Cobham construit même une maison de plusieurs étages dans un tilleul par à la fin du XVIe siècle. Et si cette dernière a aujourd’hui disparu, il reste la cabane dans les arbres la plus ancienne du monde à Pichford Hall. Elle daterait du XVIIè siècle, mais a été depuis souvent restaurée.

Cabane à Pichford Hall, Angleterre, DR

Les habitations dans les arbres passèrent ensuite de mode avant de faire un retour spectaculaire au XIXe siècle suite au succès phénoménal en 1813 du roman Robinson Suisse, soit près de cent ans après la publication de Robinson Crusoé par Daniel Defoe. Dans ce livre, une famille d’origine suisse échoue après un naufrage sur une île où elle bâtit une maison dans les arbres pour survivre.

De nombreuses cabanes dans les arbres furent alors construites pour les notables européens les années suivantes. Cette mode connut son apogée avec la construction d’une espèce de village dans les arbres dans la commune de Plessis (actuel Plessis-Robinson en hommage au roman). Plusieurs ginguettes perchées dans les arbres permettaient de manger ou de boire un verre au milieu des branchages.

Cabanes au Plessis-Robinson, DR

La place de la cabane aujourd’hui

Actuellement, sur notre planète, la cabane existe sous toutes ses formes. Habitat principal ou lieu de villégiature, espace de travail ou ultime refuge… les réflexions se multiplient à son sujet. En voici quelques-unes : Nos cabanes, Marielle Macé, Verdier, 2019 et l’entretien avec Joëlle Zask publié en ligne : https://www.cabanonvertical.com/journal/cartes-blanches/article/joelle-zask

Une cabane a-t-elle toujours un architecte ?

Le plus souvent, les personnes qui construisent de leurs mains une cabane en choisissent la forme, les matériaux et les modalités de construction. En raison de la petite taille de l’abri, de la modestie de ses matériaux, de ses fonctions et de son urgence, il n’y a pas d’architecte au sens de : professionnel exerçant son métier pour concevoir et programmer une construction. Certains architectes dont Jean Prouvé et Le Corbusier en imaginent pourtant.

Jean Prouvé, maison démontable 6×6, 1944

« À la fin de la guerre, répondant à une demande de l’État, Jean Prouvé conçoit des pavillons destinés à reloger provisoirement les sinistrés de Lorraine et de Franche-Comté. En perfectionnant le système à portique axial déjà breveté, il traite l’urgence avec une solution rapide, économique et adaptable. La surface de 36 m2 – imposée par le ministère de la Reconstruction et portée ensuite à 54 m2 – est cloisonnée en trois pièces, habitables le jour même du montage, ce qui permet à cette population rurale de rester sur place, le temps que soient reconstruits les bâtiments. Conçues pour être rapidement montées, voire démontées puis déplacées selon les besoins, sur les lieux même des destructions, ces véritables « performances d’architecture » sont constituées d’éléments préfabriqués légers, en métal et en bois. L’acier, alors très contingenté, est réservé à l’ossature en tôle pliée, dans laquelle viennent s’insérer de simples panneaux standardisés en bois, la couverture étant faite de carton bituminé. Ce principe constructif sera choisi par Jean Prouvé pour être décliné dans le cadre de la reconstruction définitive. » ( https://www.patrickseguin.com)

Plan du cabanon de Le Corbusier, Roquebrune-Cap-Martin, France, 1951, DR

Le Cabanon de Cap-Martin est à la fois œuvre d’art total et archétype de la cellule minimum, fondée sur une approche ergonomique et fonctionnaliste absolue. Ce bâtiment est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.( http://www.fondationlecorbusier.fr).

Pour mémoire, la première mention connue du mot architecte — αρχιτεκτων — apparaît au Ve siècle dans le livre d’Hérodote, Histoires, décrivant le tunnel de Samos. Le mot est composé de αρχι, archi, « chef de » et de τεκτων, tekton, « charpentier ». Imhotep est le premier architecte connu. Imhotep dont le nom signifie « celui qui vient en paix », est un personnage historique emblématique de l’Égypte antique. Il vécut au troisième millénaire avant notre ère, fut vizir et architecte du roi Djéser (IIIè dynastie), médecin et philosophe. Son œuvre architecturale la plus connue est le complexe funéraire de Saqqarah (près du Caire) qui comporte la plus ancienne pyramide à degrés du monde. L’historien égyptien Manéthon lui attribue la généralisation de l’utilisation de la pierre comme matériau de construction des temples et tombeaux funéraires, alors qu’ils étaient faits auparavant de briques de terre cuite. Il est aussi le premier à utiliser des colonnes dans l’architecture et invente la pyramide à degrés comme tombeau et « demeure d’éternité » du roi.

Une cabane peut-elle être une oeuvre ?

En peinture, le tableau occupe une place de choix. Quel que soit son matériau (bois, tissu…), il permet de créer une oeuvre indépendante et autonome. Sans rivaliser avec cette forme artistique reconnue, la cabane attire au fil du temps l’attention et la créativité d’artistes. Nous vous proposons ici d’en découvrir quelques-unes. À vous de prolonger ensuite cette quête par vos propres soins à la manière d’une promenade teintée de rêverie dans un paysage en perpétuel changement.

Kurt Schwitters, Merzbau, Hanovre, 1933, DR

Jean Dubuffet, La closerie Falbala, Périgny-sur Yerres, DR/em>

Mario Merz, Untitled (Igloo), 1989, DR

Tadashi Kawamata, Chairs for Abu Dhabi, 2012, DR

Laurent Tixador, Architecture Transitoire