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Combattre les idées toutes faites

Qui a dit que la photographie n’était pas pour les enfants ?

Sujets incontournables d’images réalisées par leurs parents, les enfants sont rarement les auteurs de photographies. Les prises de vue n’ont, pourtant, jamais été aussi faciles à réaliser et les images à imprimer !

Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) a commencé la photographie enfant. Il est le premier parmi les photographes du 20e siècle à avoir donné l’ensemble de son œuvre photographique à l’État. 126 albums de grand format comportant huit mille pages et quarante mille tirages évoquent sa vie et son oeuvre. Parcourir ceux de ses premières années donne envie de découvrir le regard porté sur le monde par des enfants d’aujourd’hui. Jetons-nous à l’eau !

Jacques-Henri LARTIGUE (1894-1986), Mon cousin Jean Haguet plongeant dans la piscine,
4 x 5,7 cm, 1911, DR.

 Qui a dit que les personnes âgées ne pouvaient pas s’exprimer par un moyen artistique ?
L’usage du numérique facilite les prises de vue : un simple clic suffit pour décider de ce qui est ou non à retenir de la vie, avant de choisir, parmi d’autres, l’image à en conserver.

Qui a dit que la photographie était réservée à des privilégiés ? Celles et ceux qui ne partagent pas les connaissances et les moyens d’en faire.
Allons à la rencontre de personnes isolées ou en difficulté. Organisons des séances individuelles ou des ateliers collectifs de prises de vue. Trouvons quelques fonds pour imprimer une image par personne. Sortons des sentiers battus pour combattre l’invisibilité.

Qui a dit que la photographie était interdite aux personnes déficientes visuelles ?
Evgen Bavčar perd progressivement la vue à la suite d’accidents à l’âge de onze ans. Dans les années 1980, sa pratique photographique se développe en parallèle de ses activités de chercheur en esthétique. « Mes images sont fragiles. Je ne les ai jamais vues, mais je sais qu’elles existent et certaines m’ont beaucoup ému. »

Evgen BAVCAR (1946), Les reflets sur l’eau, 54 x 37 cm, DR.

Qui que nous soyons, de l’enfance, jusqu’au bel âge apprenons à photographier, chez soi, dans la rue ou ailleurs. Comment ? En multipliant les prises de vue à partir d’un smartphone ou d’un appareil photo numérique, pour apprendre à cadrer, à choisir le bon moment, la bonne distance, l’éclairage le plus favorable… et à éprouver du plaisir à transformer le vécu en image. Puis, prenons le temps de choisir l’image que nous imprimerons sur un papier de format A4 afin de le suspendre au fil de La Grande Lessive®. Le coût de l’impression de moins d’un euro équivaut à celui d’une réalisation peinte.

Pour aller plus loin, rapprochez-vous du Réseau diagonal (réseau de centres photographiques) pour participer à des formations à la photographie et découvrir ses univers.

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Agir sans smartphone ni appareil-photo

Plier ou froisser une image trouvée ?

Ruth van BEEK (1977), The Leviators, Livre de collage, 2016, DR.

À partir de photographies de chiens, l’artiste Ruth van Beek crée une série de pliages et de collages afin de modifier la silhouette des animaux. Pourquoi ne pas tenter l’expérience avec des photographies de paysages urbains, marins, alpins, de bâtiments, de sculptures, d’objets quotidiens, etc. puisque, pour cette Grande Lessive, nous décidons d’éviter les portraits d’êtres humains et d’animaux ? Une petite recherche dans notre environnement permettra de choisir l’image déjà imprimée qui sera pliée ou froissée avant d’être associée ou non à une autre sur un format A4.

Bricoler pour réaliser un sténopé ?

Le sténopé, aussi appelé chambre noire, puise ses origines dans l’Antiquité avec les observations d’Aristote. Sa première description scientifique date du XIe siècle. Le savant arabe Ibn al-Haytham (Alhazen) en est l’auteur. Par la suite, ce dispositif optique a bénéficié des recherches de Leonard de Vinci, Giovanni Battista della Porta, Nicéphore Niépce et de d’autres inventeurs jusqu’aux applications photographiques actuelles.

Procédé de la chambre noire

Une boite en carton ou en bois étanche à lumière, avec un intérieur totalement noir et mat, sert de chambre noire. La taille idéale d’un trou faisant office d’objectif photographique appelé sténopé se situe entre 0,2 et 1 millimètre. Pour obtenir une image, le papier baryté donne le meilleur résultat, mais faisons avec les moyens du bord… Nous vous conseillons de regarder des didacticiels en ligne pour comprendre le dispositif à mettre en place pour réaliser un sténopé. Parmi d’autres ressources, Les cinéphiles de demain et le Musée Élysée de Lausanne. Ensuite, à vous de tenter l’expérience d’un monde sens dessus dessous qui prendra forme petit à petit, car les deux images présentées ici nécessitent une longue pratique du procédé.

Abelardo MORELL, Camera Obscura View in Brady’s Room, 1992, DR.

Justin QUINELL, Sténopé sans titre connu, DR.

Dessiner ou peindre avec la lumière sur du papier ?

Dans sa version tournée vers la photographie, le sténopé n’est pas toujours facile à réaliser. C’est pourquoi, après avoir découvert son principe, nous vous proposons de jouer avec des trous de tailles différentes pratiquées dans une feuille de format A4 en carton opaque. La lumière orientée vers ces trous, se posera sur une autre feuille pour y dessiner… Multipliez les expériences, puis au crayon ou à la peinture, choisissez une ou plusieurs couleurs pour teinter les traces laissées. Avec la complicité de la photo (lumière), vous aurez des graphies. Si la lumière se pose sur un papier sensible, elle dessinera seule, sans autre intervention de votre part. Après et seulement après, pourquoi ne pas rechercher des œuvres dans les collections d’un musée pour déterminer si ce qui a été réalisé s’apparente à certaines d’entre elles ?

Ellsworth KELLY (1923-2015),
Photo Ombre sur escalier, Villa La Combe, Meschers ; Peinture : La Combe, 1951, DR.

Ainsi, l’artiste Ellsworth Kelly photographie les ombres portées sur un escalier avant de s’en inspirer pour peindre. Sa peinture joue également avec le positif et le négatif présents dans la photographie analogique. Pourquoi ne pas tenter de jouer avec ces contrastes en agençant des plantes ou des objets sur un support blanc, noir ou transparent ?

Ellsworth KELLY, Étude pour Plant I et Plant II, huile sur bois, 1949.

Cadrer, recadrer, colorer… et en parler ?

La photographie nous oblige à regarder notre environnement à travers un objectif. Une image rectangulaire apparaît grâce à cette optique cylindrique ! Étrange ! Des miroirs placés à l’intérieur de l’appareil renvoient une image qui comporte un centre et laisse du hors champ. Au moyen de tubes de papier, de fenêtres découpées dans du carton, apprenons à choisir ce que nous regardons, à nous rapprocher ou nous éloigner pour mieux le discerner. Avec un autre carton, cachons une partie de l’image… Avec du plastique teinté, changeons ses couleurs ! Racontons nos trouvailles ! Utilisons le vocabulaire de la photographie : cadre, champ, hors champ, distance, plan, lumière, vitesse… Les sensations éprouvées et les images perçues aideront à en créer d’autres quand nous tiendrons en main un véritable appareil ou pour utiliser un logiciel de retouche. Vous trouverez en ligne quantité de lexiques adaptés aux âges et aux usages qui vous concernent.

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Utiliser des produits chimiques ?

Dans les premiers temps de la photographie, des procédés permettaient, sans appareil-photo, de confronter la lumière (celle du soleil ou celle du laboratoire) à des formes, des objets, des dessins ou des mots. On peut agir en laboratoire ou dehors. L’association La Grande Lessive attire toutefois votre attention sur la dangerosité de certains produits et décline toute responsabilité en cas d’accident.

Expérimenter le photogramme ?

Les photogrammes trouvent leur origine au 19e siècle dans les premières tentatives de photographie menées par William Henry Fox Talbot (1800-1877). Des éléments (végétaux ou objets) sont placés sur une surface photosensible avant d’être exposés à la lumière. La chimie révèle l’image au moyen des produits utilisés pour la photographie argentique.

William Henry FOX TALBOT (1800-1877), Sans titre, v. 1860, DR.

L’objet ouvre également à d’infinies possibilités de photographier. Pour suivre cette voie avec ou sans produits chimiques, nous vous invitons à consulter le dossier Objets dans l’objectif réalisé par Joëlle Gonthier pour la Bibliothèque nationale de France.

MAN RAY (1890-1976), Rayogramme (pupitres), 1927, 25 x 30 cm, Bnf, DR.

Et pourquoi pas un cyanotype ?

Inventé en 1842 par John Herschel, le cyanotype est une technique de tirage photographique qui produit des images monochromes bleu cyan. Sa réalisation repose sur des produits chimiques : une solution de ferricyanure de potassium et de citrate d’ammonium ferrique. Ce mélange peut être appliqué sur une surface, une feuille de papier ou de tissu par exemple. Puis des objets, des dessins, des mots peuvent être déposés sur la surface. Après quelques minutes d’exposition à la lumière, l’image apparaît !

Entre 1843 et jusqu’en 1853 Anna Atkins choisit d’utiliser ce procédé pour immortaliser un alguier. Elle en réalise plusieurs copies publiées sous le nom de Photographs of British Algae : Cyanotype Impressions. Cet ouvrage est généralement considéré comme étant le tout premier livre de photographies.

Anna ATKINS (1799-1871), Algue brune, v. 1840-50, DR.

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À partir de photographies déjà imprimées

Nous avions expérimenté le plié et le froissé au début de ces pistes, maintenant pourquoi pas tenter d’autres pratiques avec colle, ciseaux en main ou clavier et écran ?

L’art de la découpe avec le photomontage ?

Un photomontage, c’est un assemblage de photographies et d’autres éléments (lettres, chiffres, matériaux…). De nouveau, il s’agira de cadrer, recadrer, agencer… et de choisir. On peut le réaliser par découpage manuel et collage ou par d’autres moyens, entre autres numériques. On peut créer à partir d’images que l’on a faites soi-même, mais aussi prélever dans ce qui nous entoure : magazines, tracts, livres, affiches, etc.

Mais quels mots, quelles phrases mêler à ces images ? Des mots pour commenter ? Pour dire ce qu’on ressent ? Pour faire passer un message ? Écrire un poème ? Une histoire ? Un début d’histoire ? Et comment disposer les mots sur la feuille A4 ? Les concentrer ? Les éparpiller ? Et quelles lettres choisir ? Des lettres, des mots que l’on écrit soi-même, ou bien des lettres, des mots que l’on découpe dans un support choisi ? Et quels types de lettres ? Des petites, des grosses, des grasses, des majestueuses, des illisibles, des colorées, des allongées, des déformées ?

Wangechi MUTU (1972), Red Armed Tree from the Family Tree series,
médias mixtes, collages sur papier, 50 x 40 cm, DR.jpg.

Pas facile de disparaître de l’image comme nous y invitons pour la prochaine Grande Lessive ! Cependant, se cacher permet de se montrer. L’artiste Wangechi Mutu associe des techniques pour entrelacer des fragments d’images où des corps de femmes, des éléments humains végétaux ou animaliers.

Il y a cent ans, en noir et blanc, Georg Grosz et John Heartfield utilisaient les papiers découpés et le graphisme des lettres, les rythmes, les pleins et les vides.

Georg Grosz (1893-1959) et John Heartfield (1891-1968), Sonniges land (Pays ensoleillé),
collage, 1919, 30 x 21,2 cm, DR.

Est-ce un poème, un découpage, un collage, un photomontage, ou tout cela à la fois ?  Georges Hugnet combinait les images et les mots avec une ambition poétique. Et le blanc de la feuille, ici, prend une grande importance : l’espace vide permet aux formes et aux mots de respirer.

Georges HUGNET (1906-1974), Poème-découpage pour la septième face du dé, 30 x 22 cm,
Musée d’Art moderne de Paris, v.1936, DR

Jacques Prévert savait également agencer les mots et les images pour en faire des poèmes.  Si certains éléments s’identifient au premier regard, leur assemblage transporte dans un univers où le rêve dicte ses lois. Dans les images créées par Jerry Uelsmann, il en va de même : la photographie trouble les relations entre le réel et la fiction.

Jacques PRÉVERT, Prototype, collage, 1957, DR.

Jerry UELSMANN (1934-2022), Tree house (arbre-maison),
photomontage, 60, 96 x 76,2 cm, 1988, DR.

Dessiner des photos ?

Depuis les années 1960, de nombreux peintres ont travaillé avec la photographie, de manière à réinventer la peinture. On les a parfois appelés « hyperréalistes ». Pour peindre, ces artistes utilisaient de nombreuses procédures. L’une d’entre elles consiste à projeter une photo sur une toile, puis à peindre par-dessus, le plus minutieusement possible. Il s’agit, pour la plupart de ces artistes, de réinventer la peinture : on ne la confronte plus à la réalité, à l’imaginaire, mais à un type d’images qui désormais envahit le monde, pour créer de nouveaux types de peintures ou de dessins.

On peut donc créer des dessins ou des peintures en rapport avec des photos. On peut choisir de s’en éloigner : de cadrer différemment, d’isoler un détail, de changer les couleurs, d’enlever ou d’ajouter un élément. Ou bien on peut choisir de copier le plus fidèlement possible la photo, sans savoir si le résultat le sera vraiment…

Vija CELMINS (1938), Ciel étoilé, 1981, dessin au graphite sur papier, 48,2 x 68,5 cm, DR.

Peinture, photo, dessin ? Depuis les années 1960, Vija Celmins représente, entre autres, les étendues de l’océan, la lune, le fond du désert et le ciel nocturne. Son travail sur le détail est permis par l’observation minutieuse de la photographie. Pas de profondeur visible, d’horizon ni autres éléments de perspective, dans cette lithographie. Notre regard peut se perdre indéfiniment. Pour chaque dessin, Vija Celmins utilise des outils simples : un crayon tendre 3B, un crayon dur 8H ou un crayon lithographique.

Dessiner sur des photos ?

L’artiste-photographe Daphné le Sergent invente la technique de photo-dessin, qui consiste à dessiner à la mine de plomb et au graphite dilué sur des tirages photographiques. « Le principe de la photographie-dessin est de projeter des sensations passées sur les sensations présentes, sur la perception directe de la photographie. Si cette photographie se présente comme document direct de la réalité, la photographie-dessin se tient du côté de l’empreinte sensorielle que laisse une chose ou un événement ».

Daphné LE SERGENT, La préciosité du regard et le désir des choses rares 3, 2019, DR.

Il existe bien d’autres voies pour dessiner à partir de photographies. Artiste autodidacte, né en 1957 à Tucson, en Arizona, Raymond Pettibon fait son apparition à la fin des années 1970 sur la scène punk-rock californienne en réalisant les pochettes d’albums. Ses premiers dessins, qui s’inscrivent dans l’esthétique do-it-yourself des bandes dessinées, flyers ou fanzines, caractéristique du mouvement punk. Les dessins de Pettibon puisent partout : de la littérature à l’histoire de l’art, de la culture populaire à la religion, de la politique au sport.

Raymond PETTIBON (1957), Sans titre, dessin,2005, DR.

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Avec un smartphone ou un appareil-photo

Les photomontages et les images de types hyperréalistes sont bien sûr réalisables avec des images qu’on a créées soi-même. Mais il existe beaucoup d’autres moyens de composer une image proche du dessin avec un smartphone.

Composer, puis photographier ?

On peut dessiner sur la feuille, mais dessiner sans feutre, stylo ni crayons, simplement avec des objets, des fragments de natures, des matériaux choisis. On compose alors, avec du vide ou du plein, de la dynamique ou du statique, etc. La photographie vient enregistrer la composition.

Shomei TOMATSU (1930-2012), Jardin des ruines, 28 x 36 cm, 1964. Art Institute, Chicago, DR.

Cette image est extraite d’un ensemble photographique documentaire réalisé par le photographe Shomei Tomatsu dans le Japon de l’après-guerre. Il y mêle deux types d’images : des photos de ruines et des compositions abstraites comme celle que nous pouvons voir ici.

Dessiner grâce au cadrage ?

On peut aussi dessiner en cadrant, c’est-à-dire en prélevant une partie du réel pour la rendre méconnaissable ou plus simplement différente. C’est ce que fait le photographe Imogen Cunningham en montrant de façon très particulière des agaves.

Imogen CUNNINGHAM (1883-1976), Agave design, 1932, 24,1 x 19,1 cm, MoMA, DR.

Raconter une histoire sans les mots ?

Pour raconter une histoire sans utiliser de mots, on peut réaliser des images, par exemple des photographies.

Pour ce faire, l’image doit être préparée, pensée, mise en scène. D’abord on se met d’accord sur l’histoire que l’on veut raconter. Et si la photographie que l’on souhaite réaliser est sans humain, demandons-nous ce que seraient les personnages. Des objets ? Des végétaux ? Des animaux ? La lumière elle-même ? Le ciel ? Autre chose ?

Ensuite, on peut penser la composition de l’image. Quel arrière-plan ? Quel avant-plan ? Qu’est-ce qui se trouve au centre ? Est-ce qu’il y a du mouvement ?

Thierry Fontaine (1969), La longue traversée, photographie, 120 X 160 cm, 2005, MacVal, DR.

Le photographe Thierry Fontaine met ici en scène des chaussures auxquelles sont collées des oursins. Il choisit ainsi de raconter une histoire par la confrontation entre des objets et des êtres vivants. Mais aussi par l’existence d’un lieu qui est à la fois spécifique et général (le trottoir humide qui pourrait être celui de beaucoup de villes). Les chaussures, ici, peuvent être considérées comme ce qu’on appelle une métonymie. C’est-à-dire comme la partie d’un tout : elles désignent un humain, sans doute un homme. Le titre peut-nous aider à fabriquer du récit. Qu’est-ce que ça a été, cette longue traversée ? Qui l’a réalisée ? Pourquoi ? Comment ?

Mais on peut aussi utiliser plusieurs images, pour raconter une histoire. Ainsi peut-on montrer plusieurs étapes (on pourrait aussi dire chapitres ou épisodes) d’une même histoire.

Jeff WALL (1946), Au octopus and some beans, 1990, photographies dans caissons lumineux,
210,6 x 248,9 x 22,2 cm chacune, DR.

Le photographe canadien Jeff Wall réalise ici un diptyque, c’est-à-dire un ensemble de deux images. Et par la confrontation de ces deux images, une histoire s’écrit : la transformation (ou le remplacement) d’une pieuvre par des haricots dans un espace qui lui n’a pas changé. Que s’est-il passé ? L’histoire qu’on écrit n’est pas seulement celle qu’on raconte, mais aussi celle qu’on propose : à chaque regardeur la possibilité d’inventer la sienne !

Raconter une histoire par ce qui nous entoure ?

Imaginez que vous vous trouvez dans un pays dont vous ignorez l’alphabet. Comment se repérer ? Trouver une adresse ? Un lieu ? Comprendre un menu ? C’est dire combien les rues et les routes qui nous entourent sont peuplées de dessins, de signes, d’enseignes, de panneaux et de mots qui sont importants.

Smartphone ou appareil-photo en main, seul ou à plusieurs, vous pouvez partir à la recherche de signes présents autour de vous et qui vous intriguent. N’hésitez pas à être attentifs au cadrage : qu’est-ce que vous souhaitez montrer ? Une phrase, un dessin dans son contexte, ou au contraire isolé ? Vous pouvez raconter un voyage, une aventure ou une histoire par une succession de photos d’enseignes ou de panneaux qui sont autant d’écritures que de peintures ou de dessins.

Raymond HAINS, Point d’ironie numéro 21, Agnès B., 2001, DR.

Le point d’ironie a été créé en 1997 par la créatrice de mode agnès b., l’artiste Christian Boltanski et l’historien d’art Hans-Ulrich Obrist. Il s’agit d’un magazine de 8 pages dont chaque numéro est confié à un artiste qui a carte blanche. Pour le numéro 21, l’artiste Raymond Hains fait le récit photographique d’un voyage en Espagne. Sur cette double page, il rassemble des images prises sur des autoroutes. Logos, mots, dessins : son voyage semble avoir été un voyage à travers les signes.

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Combiner appareil-photo, smartphone, dessin, peinture, écriture, etc.

Des photos et des mots ?

On peut aussi, bien sûr, confronter des photos et des mots. On peut choisir des images et écrire à côté d’elles, ou même sur elles. Écrire un poème. Un souvenir. Une histoire. Une réflexion.

Mais on peut aussi adopter la démarche inverse : trouver un texte (ou l’écrire) puis réaliser des photos en lien avec ce texte.

Sophie CALLE (1953), L’hôtel, Chambre 24 (2 mars), 1981-1983, DR.

Au sujet de ce travail, Sophie Calle écrit : « Le lundi 16 février 1981, je réussis, après une année de démarches et d’attente, à me faire engager comme femme de chambre pour un remplacement de trois semaines dans un hôtel vénitien. On me confia douze chambres du quatrième étage. Au cours de mes heures de ménage, j’examinai les effets personnels des voyageurs, les signes de l’installation provisoire de certains clients, leur succession dans une même chambre. J’observai par le détail des vies qui me restaient étrangères. Le vendredi 5 mars 1981, mon remplacement prit fin. »

Son travail se situe en trois temps : photographier, puis écrire, enfin réunir textes et photos dans un livre et pour des expositions. Les textes se présentent comme des rapports d’enquêtes les plus objectifs possibles.

Maintenant, à vous de décider sur quelle piste vous aventurer ! Pour partir du bon pied et nourrir votre projet, relisez l’invitation, consultez les repères. Bonne route !